Renaud et les 'bobos'
On l'a adoré, le p'tit gars avec son bandana autour du cou, le loubard sympathique avec ses vestes en Jeans et ses Santiags', on l'a adoré avec sa poésie de banlieue, son accent parigo, ses textes somptueux, sa gouaille et même avec ses révolutions de jeunesse.Mais je crains fort que ce Renaud là, ce jeune homme fasse déjà partie de notre histoire : il a chatouillé les Verlaine et les Rimbaud et dans pas longtemps, on l'étudiera dans les collèges. Mais le poète magnifique existe t-il encore aujourd'hui sinon pressé dans les CD ?
Il y a encore quelques années, il nous avait à nouveau charmé avec Manhattan-Kaboul même si déjà il semblait que l'artiste commençait un peu à devenir prisonnier de son propre style. Aujourd'hui, je suis un peu circonspect sur le personnage et sa fraicheur. J'ai peur que le Renaud de 55 ans soit un produit dérivé du Renaud de 25 ans. Comme si au travers de ses textes, il y avait un gout de déjà vu et que le quinquagénaire nous ressert du Renaud surgelé en nous refaisant le coup du beau révolutionnaire 'qui en a plein à dire contre les bourgeois'.
Ben ouais, Renaud qui peste contre les 'bobos' c'est un peu comme un écolo qui roule en 4x4. N'est pas Léo Ferré qui veut, il ne suffit pas de militer pour Ingrid Betancourt et de hurler contre les bourgeois pour avoir la voix qui porte : c'est difficile et rare, d'avoir celle d'un sage et d'un anarchiste à la fois.
Je sais que c'est lui pourtant, comme Couture et d'autres, qui a initié ce style de paroles de chansons, basées sur ce genre de texte descriptif nourri de détails savoureux et réalistes dans lesquels tout le monde se retrouve : Maintenant toute la chanson française exploite ce genre et nous serine les mêmes histoires et les mêmes images qui font le quotidien de notre classe moyenne. C'est à en devenir racoleur et démago.
Simplement de sa part, je suis un peu déçu de ce style non renouvelé et sur-utilisé - même s'il en est un peu le père au départ - , mais empruntant trop à l'air ambiant, à la facilité, et dans son cas, finalement à un certain conservatisme (bourgeois).
Mais surtout, et au delà du style, je suis assez déçu de la teneur de ses indignations, car puisqu'il semble que Renaud ne puisse vivre sans combat, et je m'en réjouis car je suis le premier à dire que c'est ce qui en fait toute sa vertu, mais voilà : j'attendais de lui quelque chose de plus virulent et de plus engagé que de s'attaquer aux "bourgeois bohêmes" dont je me permets de penser que ce n'est pas non plus un monde si éloigné du sien.
Il est vrai que la chanson finit ainsi :
"Ma plume est un peu assassine
Pour ces gens que je n'aime pas trop
par certains côtés, j'imagine…
Que j'fais aussi partie du lot "
Merci Renaud pour cette interessante introspection, un peu tardive, et qui ne vous a pas pour autant fait déchirer la page côté auto-critique, mais qui comme un post-scriptum jeté par le remord, sonne plutot comme l'aimable excuse en forme de politesse d'un Renaud qui ne fait plus vraiment du Renaud.

1 commentaire:
Hello,
Et bien il faut dire qu'avec le temps qui passe et la gloire venant le compte bancaire s'en est sûrement mieux porté et pourtant les paroles n'ont pas changé pour autant... Le populaire chanteur garde certainement plus ou moins les mêmes idées, ce qui n'empêche pas que sa situation personnelle a évolué. Quoi qu'il a failli mal sécher -sauf erreur- le Renaud ,emporté par l'alcool (dont il s'est sorti à présent à ma connaissance) ; donc pas si loin des turpitudes tout de même, tout en ne se plaigant par pour autant...
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