28 août 2006

Volver

C'est le vent d'Est. Celui qui fait avancer toutes seules dans un vacarme épouvantable, les poubelles à roulettes dans les rues désertes et sombres de ce village de Castille, et qui rend fou les habitants de la Mancha et ce, depuis bien longtemps, puisqu'un certain "timbré" célèbre vivait déjà là, parmi les moulins de l'époque.

De Cervantès à Elmodovar, les "cinglés" comme les moulins, sont toujours là mais font beaucoup moins rire. Ces cinglés là dont je parle, mâles plus bestiaux que humains, n'hésitent pas à écraser la beauté fragile du monde avec leurs grosses godasses de pervers, pauvres hères égoïstes et violents, ivrognes et incapables, qui ne savent que détruire et abîmer, saborder des bateaux, des destins, avec, et comme toujours à l'arrivée, pour écoper les navires, les femmes.

Formidables et merveilleuses dans leur lutte infatigable pour la vie, qu'elles soient grand-mères, mères ou filles, elles sont là, et quand un homme qui sait les comprendre et les aimer comme Pedro Elmodovar, les attrape dans ses filets, on part dans l'enchantement et la très grande émotion. C'est du Mozart.

Alors attention, les mâles. Nous ne sommes pas des héros dans ce film. C'est simple ici, les hommes ont autant de présence et de poids qu'une bulle de savon, autant de force et d'épaisseur qu'un papier de bonbon. En quelque sorte ils sont là quand on a pas besoin d'eux, à forcer des corps qui résistent aux leurs, et ils ne sont pas là quand on a besoin d'eux. Quand il s'agit de porter, de soutenir, de travailler, de défendre, pfuiiit! : la bulle de savon éclate : le papier s'envole : il n'y a plus personne, enfin... à part les femmes qui assurent pour deux, pour quatre, pour dix.


Elles ne se plaignent pas. Elles avancent. Chacune à sa manière. Elles sont soeurs, filles, mères, tantes, amies et trop de secrets de famille, de blessures, de vieux tabous et de mensonges ont épaissi leur peau.

Quand soudain, dans le clair-obscur du quotidien difficile de ces espagnoles, émerge alors une vérité, qui en aurait eu marre d'être enfermée depuis si longtemps, et qui se déciderait enfin à venir renverser le cours des choses.

Une histoire émouvante et drôle commence alors à se dessiner, petit à petit, dans un scénario habile et un film parfaitement gradué.

On s'attache alors à ces femmes courageuses, guidées par leur instinct, qui, même si elles tuaient, le feraient pour la vie mais je ne crois pas, vraiment pas, qu'il existe en ce bas monde, un tribunal qui puisse comprendre cela.

19 août 2006

La bonne conscience d'une France raciste

D'abord je crois que si le racisme en France est traité aujourd'hui de manière si passionnelle, c'est qu'il fait référence à une longue crise historique et morale de notre pays, de la colonisation à la collaboration. Sur ce point, la France n'est ni innocente, ni guérie de son passé et je la crois malade de ne pas arriver à le digerer.

Bref, elle a tout simplement la conscience lourde et n'a plus de prêtres pour la confesser. Mon opinion sur ce point est la suivante : Pour guérir de sa mauvaise conscience, il faut avoir premièrement le courage de regarder en face ce qui motive sa culpabilité. Ensuite, et après avoir séparé les fausses des vraies culpabilités, il faut les traiter : d'abord les fausses, il faut les envoyer promener, et les vraies, il faut un véritable repentir et une réparation. Pas de pleurnichements factices, ni de discours irrationnels, ni ces débats fatiguants sur la discrimination positive, ni cette tonne de gens qui nous vendent leur indignation facile à grands coups de bons sentiments, tandis qu'on entend en bruit de fond, un débat intellectuel où s'agite et gesticule vainement notre société malade.

Sans expiation, la mauvaise conscience pour se supporter elle même, devient de la "bonne conscience". Cette "bonne conscience" propose alors un système moral d'auto-justification. On y trouve pêle mêle : des morceaux d'humanisme, de valeurs républicaines, un concept d'intégration un peu facile, des mouvements anti-racistes et même des lois, mais tout ça ne guérit pas le mal tant que ça reste plaqué ci et là sur les symptômes. Car dans le même temps, la vraie culpabilité est non traitée puisque la société refuse de la voir en face. Il se constitue alors des poches souterraines de violence expiatoire, comme la lave qui monte du volcan. Et c'est pour moi le sens de l'irruption de cette violence des banlieues qui est arrivée en Novembre 2005 en France : l'expiation sourde et réclame.

Je crois que pour dénouer le noeud, il faut travailler sur soi. A commencer par dégager cette foutue "bonne conscience" qui bloque le passage. Ici en France, la bonne conscience a à sa disposition un Le Pen, pour stygmatiser toutes les horreurs du monde et pour se dédouaner d'être peut être aussi coupable. Avoir un bouc-émissaire peut être très pratique quand on ne veut pas voir ce qui dérange chez soi. Je souhaiterais que le Front National disparaisse en France également pour révéler que le racisme et la notion de supériorité de race existerait toujours. Et certainement chez des gens qui crient à longueur de temps leur innocence sur ce point.

Autre element de bonne conscience : Intégrer et donner la nationalité. Je ne parle pas de cette intégration réussie de ceux qui n'étant pas de nationalité française se "sentent français" et veulent d'eux même intégrer la France. Ceux là intégrent non seulement un pays, mais, et j'insiste la dessus, ses valeurs. En effet, pour eux, c'est une intégration choisie et assumée, la laïcité l'emporte sur la religion, la langue, la culture, les valeurs sont aimées et volontairement choisies, ces personnes veulent continuer leur histoire d'ailleurs avec l'histoire d'ici. Fait comme ça, ainsi demandée, ainsi donnée, c'est presque une histoire d'amour. Quant à la naturalisation : qu'on donne la nationalité française, soit, mais a t-on vraiment une véritable identité française à proposer ? S'est on posé la question de savoir si elle était si noble et si digne que ça pour ainsi la proposer comme une panacée ?

Non, je parle plutôt de cette intégration politique et massive qui veut rendre tout le monde français, par l'automatisme du droit du sol. Prenons l'exemple de cet algérien musulman par son père, issu d'une tribu berbère tachawit par la lignée de sa mère, parlant le chaoui, l'arabe et le français qu'il a appris à l'école, puis venu émigrer en France pour gagner sa vie. Doit-on transformer ses enfants en "français-point-barre" et ce, parce qu'ils sont nés à Clichy ? N'est ce pas d'abord un choix identitaire des personnes concernées ? Que ces enfants aient envie de rejoindre la communauté berbère en France ou bien d'autres musulmans, et ça sera interprété comme du "communautarisme", quant à rappeler à ces enfants leurs origines n'y pensons même pas. Mais pourquoi ? Serait ce honteux ?

C'est cette manière là de vouloir intégrer, qui me parait suspicieuse. Ca me parait être une manière indirecte d'éradiquer à terme la culture originelle des autres en bradant la sienne. Elle convient alors à une élite en mal de bonne conscience, qui soigne son image et qui, pour montrer haut et fort qu'elle aime les peuples, emprunte (ou vole) par le biais des modes, son ostentation dans les cultures du monde.

C'est très snob de transformer son appart parisien en riad marocain tout en étant parfaitement indifférent et inculte quant à l'histoire et la culture du Maroc. On rappelle à ses amis marocains nés en France, qu'ils sont français, on leur jure de ne plus leur parler de leurs origines et on s'indigne haut et fort si quelqu'un les rappelle : vu comme ça, être étranger doit être une faute, la naturalisation l'absout et ses apôtres s'indignent : un 'noir' n'est plus 'noir' puisqu'il est 'français'.

Mais moi je dis que ce comportement apparemment ouvert et non raciste, bref 'bien-pensant', est le contraire même de ce qu'il prétend être. Il n'est en fait qu'un reliquat de notre société du 19eme siècle, un héritage moderne et actuel d'une pensée colonialiste et aristocrate qui à cette époque, collectionnait des vase d'Orient ou des arcs et flèches d'Afrique dans son salon. Ces mêmes gens, notables bien éduqués, laissaient détruire sans trop s'en soucier ces cultures lointaines, au vague prétexte du Bien qu'on y commettait. La seule différence, c'est que maintenant là-bas, les peuples anciennement colonisés reprennent tous un par un leur indépendance identitaire, et que cet effacement impérialiste des identités a toujours bien lieu, mais ici, sur notre territoire, dans les salons où l'on cause.

Souvenons nous un peu, qu'à cette époque pas si lointaine, nous étions tous, pays dominants économiquement, dans un sentiment horrible de supériorité. Le code de l'indigénat a été promulgué par Jules Ferry alors chef du gouvernement de la France, Jules Ferry, le promoteur de la laïcité qui s'exprimait ainsi à la tribune de l'Assemblée : "Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures....". J'aurais bien aimé voir à l'époque, où se situaient les bien-pensants d'aujourd'hui alors que nous étions tous nourris, dès le biberon, de ce détestable sentiment de supériorité sur le monde.

Faites un petit bond dans le passé, écoutez les commentaires des films noirs et blancs des premières actualités, souvenez vous de Tintin au Congo qu'on lisait encore sans sourcillier il y a 30 ans, ou du Général de Gaulle en Algérie - dernier soldat de cette France orgueilleuse, main sur le coeur et droit dans ses bottes - et vous comprendrez mieux cette culture atavique de l'Europe impériale et qui applaudissait debout dans l'hémicycle, un Jules Ferry proclamant en France la supériorité des races mais applaudissait également, dans une Allemagne des années 30, un certain chancelier célèbre.

Ces questions sont délicates, car elles obligent le monde politique à travailler sur un domaine moral, qui exigerait un chantier adapté. Et s'il n'est pas traité correctement, le malaise peut s'amplifier très vite. C'est ce qu'il se passe à mon avis, telles que sont menées les expertises du politique sur ces questions et qui continueront à amener le chaos tant que sera pratiquée la fuite en avant, notament en se nourrissant du sophisme de l'intégration. Aujourd'hui on propose une intégration forcée et on effraie les gens avec le "communautarisme" mais sous ce nom il y a aussi tout ce qui ne veut pas plier à cette loi d'effacement et qui appartient à l'identité d'un peuple, d'une d'histoire, et d'une culture. Les vrais dangers viennent plutôt de groupuscules, du banditisme ou de mafias religieuses que le simple Code Pénal dans un Etat de Droit normalement, devrait suffire à éteindre.

Renaud et les 'bobos'


On l'a adoré, le p'tit gars avec son bandana autour du cou, le loubard sympathique avec ses vestes en Jeans et ses Santiags', on l'a adoré avec sa poésie de banlieue, son accent parigo, ses textes somptueux, sa gouaille et même avec ses révolutions de jeunesse.

Mais je crains fort que ce Renaud là, ce jeune homme fasse déjà partie de notre histoire : il a chatouillé les Verlaine et les Rimbaud et dans pas longtemps, on l'étudiera dans les collèges. Mais le poète magnifique existe t-il encore aujourd'hui sinon pressé dans les CD ?

Il y a encore quelques années, il nous avait à nouveau charmé avec Manhattan-Kaboul même si déjà il semblait que l'artiste commençait un peu à devenir prisonnier de son propre style. Aujourd'hui, je suis un peu circonspect sur le personnage et sa fraicheur. J'ai peur que le Renaud de 55 ans soit un produit dérivé du Renaud de 25 ans. Comme si au travers de ses textes, il y avait un gout de déjà vu et que le quinquagénaire nous ressert du Renaud surgelé en nous refaisant le coup du beau révolutionnaire 'qui en a plein à dire contre les bourgeois'.

Ben ouais, Renaud qui peste contre les 'bobos' c'est un peu comme un écolo qui roule en 4x4. N'est pas Léo Ferré qui veut, il ne suffit pas de militer pour Ingrid Betancourt et de hurler contre les bourgeois pour avoir la voix qui porte : c'est difficile et rare, d'avoir celle d'un sage et d'un anarchiste à la fois.

Je sais que c'est lui pourtant, comme Couture et d'autres, qui a initié ce style de paroles de chansons, basées sur ce genre de texte descriptif nourri de détails savoureux et réalistes dans lesquels tout le monde se retrouve : Maintenant toute la chanson française exploite ce genre et nous serine les mêmes histoires et les mêmes images qui font le quotidien de notre classe moyenne. C'est à en devenir racoleur et démago.

Simplement de sa part, je suis un peu déçu de ce style non renouvelé et sur-utilisé - même s'il en est un peu le père au départ - , mais empruntant trop à l'air ambiant, à la facilité, et dans son cas, finalement à un certain conservatisme (bourgeois).

Mais surtout, et au delà du style, je suis assez déçu de la teneur de ses indignations, car puisqu'il semble que Renaud ne puisse vivre sans combat, et je m'en réjouis car je suis le premier à dire que c'est ce qui en fait toute sa vertu, mais voilà : j'attendais de lui quelque chose de plus virulent et de plus engagé que de s'attaquer aux "bourgeois bohêmes" dont je me permets de penser que ce n'est pas non plus un monde si éloigné du sien.

Il est vrai que la chanson finit ainsi :

"Ma plume est un peu assassine
Pour ces gens que je n'aime pas trop
par certains côtés, j'imagine…
Que j'fais aussi partie du lot "


Merci Renaud pour cette interessante introspection, un peu tardive, et qui ne vous a pas pour autant fait déchirer la page côté auto-critique, mais qui comme un post-scriptum jeté par le remord, sonne plutot comme l'aimable excuse en forme de politesse d'un Renaud qui ne fait plus vraiment du Renaud.

Changement d'adresse


A la fois réalisateur et acteur, Emmanuel Mouret se montre ici au travers d'un rôle de grand timide maladroit dans un film rempli de fraicheur et de pudeur autour du sentiment amoureux. C'est un peu un retour de ces rôles doux-amers d'amoureux-malheureux merveilleusement interprétés par Fernandel mais actualisés dans une époque plus compliquée où par exemple, une colocation à priori 'neutre' entre un garçon et une fille ne fait plus broncher personne.

Quel bonheur de retrouver dans le rôle de la co-locataire, la géniallissime Frédérique Bel qu'une simple minute - fut-elle blonde - ne pouvait suffire à contenir. Je pensais toutefois qu'elle profiterait d'un film d'auteur comme celui-ci pour s'echapper de ce personnnage succulent mais un peu réducteur, mais c'est avec bonheur, j'avoue, que j'ai dégusté ici quelques unes de ses tirades lumineuses dignes de ses interviews 'made in Canal+'. Son personnage ici est intelligemment interprété, celui d' une jeune femme ambigue sur ses sentiments, qui vit, presque schizophrène, à la fois dans un rêve et dans la réalité. Cela rend le rôle complexe et elle arrive parfaitement à exprimer ce paradoxe, dans la justesse d'un regard, par exemple, fut-il rapide et bref.

Pendant ce temps, E. Mouret peint entre lui même et Danny Briant, et avec beaucoup de lucidité, deux personnages d'hommes complétement opposés, un dominé et un dominant. Chacun dans son excès irrite à souhait et cela donne parfois de furieuses envies de donner des claques. Entre les deux, une timide jeune femme incarnée par Fanny Valette qui va vivre une histoire d'amour-passion un peu improbable avec ce personnage de Danny Briant en même temps qu'une rencontre plus sereine avec celui de E. Mouret, personnage agréable et charmant mais qui a l'air de s'épanouir à souhait dans ce territoire un peu ambigu, là bas, quelque part à la frontière de la bêtise et de la gentillesse.

E. Mouret nous livre ici un film profond sans être chiant, pudique sans être pudibond, sensé sans être moral , drôle et fin, surtout dans cette manière de mettre à nu cette relation totalement factice de co-location entres hétéros pseudo-assexués et qui portée plus loin, 'déshabille' avec humour, un peu à la manière d'un Woody Allen, la complexité du rapport amoureux.

C.R.A.Z.Y.


Les années 60 ont été, à priori, très similaires d'un côté à l'autre de l'Atlantique tellement un français comme moi, né dans cette décennie, a pu retrouver autant de souvenirs, autant de 'madeleines'. Quel plaisir et quels flash backs de remonter le temps au sein de cette famille québécoise jouée par des acteurs remarquables. Derrière une bande-son brodée de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, on oublie totalement les acteurs pour les personnages. On passe alors sans arrêt du cinéma du détail, du détail qui compte, dans le pur style Jean-Pierre Jeunet, au style reportage tendance 'StripTease', où la caméra, toujours bien placée, arrive à attraper l'inattrapable.

A commencer par les parents, formidables acteurs, Michel Côté et Danielle Proulx qui nous incarnent à eux deux, le meilleur des années 60, au travers d'un couple de la classe moyenne canadienne, habitant la banlieue et possédant la voiture et la maison qui vont avec. Lui, un fan d'Aznavour, collectionneur de vieux 78 tours, elle, une sorte d'Anémone du cru, un peu mystique , et qui vont élever dans les bons principes des valeurs chrétiennes, leurs cinq fils. Principes qui, il faut le dire, vont s'effriter un à un au cours du film : années 60 oblige, le tsunami de contestation anticonformiste qui frappa toute la société occidentale va atteindre cette famille en son cœur, comme des millions d'autres au même moment, et la distorsion que cette vague provoqua entre les enfants et les parents de cette génération va devenir le sujet principal de ce film.

Je trouve intéressant de la part de Jean-Marc Vallée, l'auteur-réalisateur d'avoir replacé la question homosexuelle dans le cadre ces années là. Dégagé du discours actuel, tellement prescrit par le politiquement correct, la question est bien posée. On y retrouve le discours rude et viril qu'on appelle aujourd'hui 'homophobe', dans la bouche du père, mais c'est un régal d'humour et de finesse derrière cette apparente brutalité du propos (à noter : un savoureux dialogue sur la sodomie entre le père et la mère).

Zacharie, 4ème fils, 7éme si l'on comptait les fausses couches, est il donc un homosexuel ? Pour mon compte, je n'en sais rien et je m'en fiche un peu. De toute façon ce fils va subir la projection de tous les fantasmes de tout le monde. Et franchement il y a de quoi en perdre son identité.

Pour sa mère, il est doué de dons supra naturels, puisqu'il est né un 25 décembre et qu'il calme les bébés quand il les prend dans ses bras, c'est limite qu'elle n'ait pas mis au monde un nouveau messie. Pour son père c'est un homosexuel, 'un fif' ('pédé' en québécois) puisqu'il l'a vu enfiler une robe et des colliers quand il avait 10 ans. Puis enfin pour ses frères, c'est un faible puisqu'il ne répond pas à leurs provocations. PUISQUE. Voilà la tyrannie du PUISQUE. On interprète des éléments existants et réels, et PUISQUE il agit comme ça, alors on en tire SA propre conclusion. Conclusion très subjective et personnelle pour chacun : en effet ce n'est pas la mère qui fantasme sur l'homosexualité de son fils, ni le père sur ses dons mystiques. Chacun projète à priori ce qui lui est propre et l'anime ou le perturbe, rapports de forces entres gamins désireux de s'affirmer, refoulement ou déni de l'homosexualité pour un père par trop conformiste, frustration dans la banalité du quotidien de sublimation spirituelle pour la mère.

Certes Zach' a le caractère un peu faible, et il accepte d'être ce que ses parents veulent qu'il soit. D'où une crise identitaire à l'horizon. Il lui faudra aller à Jérusalem, dans une boite homo pour confronter le fantasme de ses parents à la réalité. Zach. Le touchant Zach alias Marc-André Grondin.

Mais les années 60 c'est aussi 'Sex, Drugs & Rock'n Roll' : le grand frère, Raymond, lui, est un fort. "Ah lui ! C'est pas un 'fif' ! les femmes, il les aime", pense son père. A mon avis il les baise plus qu'il les aime, et puis même le plus fort, est-il plus fort que la drogue ? Ce frère a une violence en lui à fleur de peau : c'est de la nitroglycérine : Terrible. Il n'y a pas une fête ou un repas dans cette famille qui ne soit fragilisés par sa présence. une parole, une attitude et c'est la bagarre. A tel point que lorsqu'il s'en ira, on soufflera en secret.

Il reste ce disque. Ce fameux disque collector, rarissime et irremplaçable, mais brisé, à l'image de cette relation entre Zach et son père, relation qui fait le nerf de ce film et dans laquelle bien des hommes, en voyant ces images vont pouvoir y retrouver de leur propre adolescence, y voir de leur propre vie.

A consommer sans modération

Pink Martini sur scène : à ne pas manquer.
Billet perso

Imaginez une revue de "Life" datée de 1964. Dans son vieux papier jauni, ouverte sur une page de réclame, au centre : une belle petite tomate. Pas très loin, la page est barrée d'une bouteille de ketchup oblique et soulignée d'une accroche texte : "Hang on little tomato..." . C'est le titre du second album de Pink Martini mais en voici la traduction complète : "Tiens bon, petite tomate, continue de devenir belle et appétissante et nous ferons de toi un bon ketchup !"

"Principe de persévérance et de maturation appliqué au groupe", nous explique non sans humour cet extraordinaire Monsieur Lauderdale, le pianiste fabuleux de Pink Martini, dans un français hésitant, drôle et charmant.

Fabuleux, car je le dis comme je le pense : il y avait le piano avant Lauderdale et il y a le piano après. Ce type est extraordinaire. Il suffit de le regarder pour comprendre qu'il s'agit là d'un soliste de haut vol, tandis que de ses mains effleurant à peine le clavier, il fait jaillir l'or et touche à l'ineffable.

Même si vous connaissez leurs disques, je vous le conseille très fortement : allez les voir sur scène, leurs enregistrements studio, déjà splendides, vous sembleront pâles à côté.

Ajouté à cela, la voix chaude et inoubliable, le chic et l'élégance de Madame Forbes, ainsi que l'excellence d'un groupe de musiciens dont la manière de vous interpréter sa musique confine au raffinement suprême.

Allez-y sans compter, vous toucherez au divin et vous en sortirez plus beaux et plus élégants encore. >> Site officiel