
D'abord je crois que si le racisme en France est traité aujourd'hui de manière si passionnelle, c'est qu'il fait référence à une longue crise historique et morale de notre pays, de la colonisation à la collaboration. Sur ce point, la France n'est ni innocente, ni guérie de son passé et je la crois malade de ne pas arriver à le digerer.
Bref, elle a tout simplement la conscience lourde et n'a plus de prêtres pour la confesser. Mon opinion sur ce point est la suivante : Pour guérir de sa mauvaise conscience, il faut avoir premièrement le courage de regarder en face ce qui motive sa culpabilité. Ensuite, et après avoir séparé les fausses des vraies culpabilités, il faut les traiter : d'abord les fausses, il faut les envoyer promener, et les vraies, il faut un véritable repentir et une réparation. Pas de pleurnichements factices, ni de discours irrationnels, ni ces débats fatiguants sur la discrimination positive, ni cette tonne de gens qui nous vendent leur indignation facile à grands coups de bons sentiments, tandis qu'on entend en bruit de fond, un débat intellectuel où s'agite et gesticule vainement notre société malade.
Sans expiation, la mauvaise conscience pour se supporter elle même, devient de la "bonne conscience". Cette "bonne conscience" propose alors un système moral d'auto-justification. On y trouve pêle mêle : des morceaux d'humanisme, de valeurs républicaines, un concept d'intégration un peu facile, des mouvements anti-racistes et même des lois, mais tout ça ne guérit pas le mal tant que ça reste plaqué ci et là sur les symptômes. Car dans le même temps, la vraie culpabilité est non traitée puisque la société refuse de la voir en face. Il se constitue alors des poches souterraines de violence expiatoire, comme la lave qui monte du volcan. Et c'est pour moi le sens de l'irruption de cette violence des banlieues qui est arrivée en Novembre 2005 en France :
l'expiation sourde et réclame.Je crois que pour dénouer le noeud, il faut travailler sur soi. A commencer par dégager cette foutue "bonne conscience" qui bloque le passage. Ici en France, la bonne conscience a à sa disposition un Le Pen, pour stygmatiser toutes les horreurs du monde et pour se dédouaner d'être peut être aussi coupable. Avoir un bouc-émissaire peut être très pratique quand on ne veut pas voir ce qui dérange chez soi. Je souhaiterais que le Front National disparaisse en France également pour révéler que le racisme et la notion de supériorité de race existerait toujours. Et certainement chez des gens qui crient à longueur de temps leur innocence sur ce point.
Autre element de bonne conscience : Intégrer et donner la nationalité. Je ne parle pas de cette intégration réussie de ceux qui n'étant pas de nationalité française se "sentent français" et veulent d'eux même intégrer la France. Ceux là intégrent non seulement un pays, mais, et j'insiste la dessus,
ses valeurs. En effet, pour eux, c'est une intégration choisie et assumée, la laïcité l'emporte sur la religion, la langue, la culture, les valeurs sont aimées et volontairement choisies, ces personnes veulent continuer leur histoire d'ailleurs avec l'histoire d'ici. Fait comme ça, ainsi demandée, ainsi donnée, c'est presque une histoire d'amour. Quant à la naturalisation : qu'on donne la nationalité française, soit, mais a t-on vraiment une véritable identité française à proposer ? S'est on posé la question de savoir si elle était si noble et si digne que ça pour ainsi la proposer comme une panacée ?
Non, je parle plutôt de cette intégration politique et massive qui veut rendre tout le monde français, par l'automatisme du droit du sol. Prenons l'exemple de cet algérien musulman par son père, issu d'une tribu berbère tachawit par la lignée de sa mère, parlant le chaoui, l'arabe et le français qu'il a appris à l'école, puis venu émigrer en France pour gagner sa vie. Doit-on transformer ses enfants en "français-point-barre" et ce, parce qu'ils sont nés à Clichy ? N'est ce pas d'abord un choix identitaire des personnes concernées ? Que ces enfants aient envie de rejoindre la communauté berbère en France ou bien d'autres musulmans, et ça sera interprété comme du "communautarisme", quant à rappeler à ces enfants leurs origines n'y pensons même pas. Mais pourquoi ? Serait ce honteux ?
C'est cette manière là de vouloir intégrer, qui me parait suspicieuse. Ca me parait être une manière indirecte d'éradiquer à terme la culture originelle des autres en bradant la sienne. Elle convient alors à une élite en mal de bonne conscience, qui soigne son image et qui, pour montrer haut et fort qu'elle aime les peuples, emprunte (ou vole) par le biais des modes, son ostentation dans les cultures du monde.
C'est très snob de transformer son appart parisien en riad marocain tout en étant parfaitement indifférent et inculte quant à l'histoire et la culture du Maroc. On rappelle à ses amis marocains nés en France, qu'ils sont français, on leur jure de ne plus leur parler de leurs origines et on s'indigne haut et fort si quelqu'un les rappelle : vu comme ça, être étranger doit être une faute, la naturalisation l'absout et ses apôtres s'indignent : un 'noir' n'est plus 'noir' puisqu'il est 'français'.
Mais moi je dis que ce comportement apparemment ouvert et non raciste, bref 'bien-pensant', est le contraire même de ce qu'il prétend être. Il n'est en fait qu'un reliquat de notre société du 19eme siècle, un héritage moderne et actuel d'une pensée colonialiste et aristocrate qui à cette époque, collectionnait des vase d'Orient ou des arcs et flèches d'Afrique dans son salon. Ces mêmes gens, notables bien éduqués, laissaient détruire sans trop s'en soucier ces cultures lointaines, au vague prétexte du Bien qu'on y commettait. La seule différence, c'est que maintenant là-bas, les peuples anciennement colonisés reprennent tous un par un leur indépendance identitaire, et que cet effacement impérialiste des identités a toujours bien lieu, mais ici, sur notre territoire, dans les salons où l'on cause.
Souvenons nous un peu, qu'à cette époque pas si lointaine, nous étions tous, pays dominants économiquement, dans un sentiment horrible de supériorité. Le code de l'indigénat a été promulgué par Jules Ferry alors chef du gouvernement de la France, Jules Ferry, le promoteur de la laïcité qui s'exprimait ainsi à la tribune de l'Assemblée :
"Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures....". J'aurais bien aimé voir à l'époque, où se situaient les bien-pensants d'aujourd'hui alors que nous étions tous nourris, dès le biberon, de ce détestable sentiment de supériorité sur le monde.
Faites un petit bond dans le passé, écoutez les commentaires des films noirs et blancs des premières actualités, souvenez vous de Tintin au Congo qu'on lisait encore sans sourcillier il y a 30 ans, ou du Général de Gaulle en Algérie - dernier soldat de cette France orgueilleuse, main sur le coeur et droit dans ses bottes - et vous comprendrez mieux cette culture atavique de l'Europe impériale et qui applaudissait debout dans l'hémicycle, un Jules Ferry proclamant en France la supériorité des races mais applaudissait également, dans une Allemagne des années 30, un certain chancelier célèbre.
Ces questions sont délicates, car elles obligent le monde politique à travailler sur un domaine moral, qui exigerait un chantier adapté. Et s'il n'est pas traité correctement, le malaise peut s'amplifier très vite. C'est ce qu'il se passe à mon avis, telles que sont menées les expertises du politique sur ces questions et qui continueront à amener le chaos tant que sera pratiquée la fuite en avant, notament en se nourrissant du sophisme de l'intégration. Aujourd'hui on propose une intégration forcée et on effraie les gens avec le "communautarisme" mais sous ce nom il y a aussi tout ce qui ne veut pas plier à cette loi d'effacement et qui appartient à l'identité d'un peuple, d'une d'histoire, et d'une culture. Les vrais dangers viennent plutôt de groupuscules, du banditisme ou de mafias religieuses que le simple Code Pénal dans un Etat de Droit normalement, devrait suffire à éteindre.