23 mars 2008

Into the Wild

Carnet de bord, août 1992 : "Le bonheur n'est réel que s'il est partagé."

Imaginez que pour partir vers vos chimères, vous ayez tranché à mort dans la chair de vos plus profondes amitiés, leur ayant obstinément tourné le dos pour préférer aller jusqu'au bout d'un solitude extrême, un face à face romantique mais mensonger avec une nature qui à bien y regarder, n'est pas si généreuse qu'il y parait, pour finalement arriver à comprendre - mais un tout petit peu trop tard - que le 'paradis c'est peut être aussi un peu les autres', mais surtout, pour réaliser avec effroi que tout à coup, la porte de retour s'est brusquement refermée derrière vous.

Il semble y avoir un romantisme fort dans l'extrême. Mais il me semble qu'à y regarder de plus près, il est plutôt fragile car derrière ce qui ressemble à de l'héroïsme et qui pourrait se confondre à une séduisante force intérieure, se cache aussi un entêtement égoïste et aveugle - peut être même violent - en tout cas beaucoup moins romantique qu'il y parait.

Surtout que dans ce film, la part de romantisme de cet extrême là - épris de beauté et de grands espaces - peut apparaitre encore plus forte que d'autres et peut d'autant mieux cacher sa face sombre, une sorte de fuite en avant, en quelque sorte, élégante et pleine de superbe, une espèce de pureté et de quête de liberté qui appelle à l'admiration mais qui s'enfermant sur elle même, comme un rayon de soleil qui se prendrait pour le soleil, fait oublier à l'humain, ses liens chaotiques et déchus avec le paradis perdu.

Pourtant que de signes sur son chemin : Cette amie hippie qui sait parler à son cœur et qui se révèle être une mère désespérée de la disparition de son fils : n'y voit il donc pas la souffrance de sa propre mère ? N'y a t'il pas là une sorte de destin qui envoie devant lui , des messages dans sa fuite ?

Et ce Ron, qui a aussi perdu dans un accident femme et fils, avec qui il va trouver enfin une relation forte de fils et de père, ce vieil homme qui va s'attacher à lui comme à son propre fils et à qui il va aussi briser le cœur ? Ce Ron qui, avec intelligence et délicatesse, va aborder la question de Dieu. Mais on est loin de ce christianisme virulent qu'on entend parfois aux États-Unis. Ici, le vieux Ron, devenu chrétien dans ses malheurs, veux lui prêcher la bonne parole, et ça se passe avec beaucoup de pudeur et d'élégance, et surtout avec sagesse et profondeur, expliquant qu'aimer c'est pardonner.

Peut être est ce là encore un signe pour briser avec douceur la fuite en avant de ce grand adolescent épris de grandeur, car le film nous explique petit à petit pourquoi ce Christopher McCandless, dont ce film est l'histoire réelle, a quitté ses parents avec révolte, leur reprochant leur conditionnement à la culture américaine de la réussite sociale, leurs esprits corrompus à l'argent et à l'hypocrisie du paraître.

Encore un regret pour les amoureux des "Happy End" : cette petite ado follement éprise de lui, rencontrée dans ce camp de hippies, et élégamment respectée par Christopher, mais pour qui, même l'amour était trop étroit pour cet esprit enivré de sa propre illusion.

Sean Penn avec beaucoup de tact, respectant la volonté de la famille de Christopher, a porté à l'écran l'histoire de ce jeune homme tirée du livre de Jon Krakauer "Voyage au bout de la solitude".





2 commentaires:

Armelle a dit…

film boulversant

Armelle a dit…

vivre, avec ou coupé des autres...

La vie prend elle tout son sens lorsqu'elle est partagée..

ou seuls, les bouts de vie qui la constituent, suffisent à se sentir vivant de l'interieur..