17 octobre 2006

Little Miss Sunshine



Dans la série : ‘un américain se moque gentiment des américains’, le coup est assez réussi et à ce titre, je propose de regarder ce film, ce road-movie, comme une allégorie rigolote de l’Amérique en marche. Une Amérique intéressante et méconnue, qui ne fonctionne pas très bien, une Amérique un peu déglinguée, à l’image de ce van Volkswagen un peu usé et souffreteux, conduit par un vrai américain, sincère et naïf, aux théories imbéciles sur la vie, un peu comme peut l'être aussi parfois l’Amérique, quand elle se laisse conduire par ce genre d’idéologies inconsistantes basées sur une compétition débile à la réussite et au succès à tout prix.

‘Comment Réussir sa vie en 9 points.’ Voilà le genre d’inepties qu’écrit notre père de famille et conducteur de van. Mélange de théories réunissant des concepts épars de foi en soi, de méthode 'Coué' et de témérité aveugle. Mais le pire c’est qu’il y croit et qu’il veut convertir sa petite famille. Arrogance de cet idiot prétentieux qui dicte le bien et le mal, que personne ne prend au sérieux mais que tout le monde feint de croire sous la menace d’être peut être soi-même un ‘looser’ (va savoir et s'il avait raison...).

Dans le van, à ses côtés une humanité pleine d’illusions et de 'loose'. Tous ont un peu raté, un peu échoué. En vrac : le grand père, un vieil obsédé sexuel qui se plaint de sa vie ratée, des enfants qui croient dur comme fer à leurs illusions et qu'ils ne vont pas tarder à perdre, un oncle taciturne et suicidaire et une mère admirable mais qui regarde tout ça en pleurant. Et bien évidemment, à leur tête, le roi des 'loosers' : Mister « I am a winner» .

Mais continuons dans l’analogie : L’Amérique, clopin-clopant - clopinant finalement comme tout le monde - mais conduite par des arrogants qui tiennent un discours prétentieux, est en route. Et ou va donc cette Amérique mal emboutie et menteuse sur elle-même ? Vers quel rêve, quelle conquête se dirigent tous ces espoirs ?

A un concours de beauté organisé à deux jours de route, en Californie, où la petite Olive, la petite de la famille, une gamine d’une douzaine d’années, dont la beauté physique n’est pas évidente, rêve pourtant de participer.

Aïe aïe aïe, voilà un cas d’école délicat pour le maître en méthode 'Coué'.

C’est pourtant une perle d’innocence, cette petite, un véritable composé de fraîcheur et d’intelligence : le genre qui lève ses yeux et vous regarde d'en bas, visse son regard dans vos yeux, et de derrière les carreaux de ses lunettes immenses, vous pose une question direct-upercut qui ferait dire la vérité au plus grand des menteurs.

Quant au concours de beauté en question, il est plutôt corsé. Ou plutôt corseté. Dans le genre « cul-cul la praline » on fait difficilement mieux. C’est le paradis californien de quelques hideuses bonnes femmes à bigoudis qui se servent de jolies petites fillettes, qu’elles transforment et coiffent à leur image. Elles jouent à la poupée. C’est le summum du vide sidéral, de la fadeur nombriliste et du mauvais goût. Pendant que les fillettes font la pose, un animateur au sourire-dentifrice chante – mal - un cantique sirupeux dans le genre : "Dieu bénit l'Amérique et répands sur elle ses bienfaits" à la gloire et au bénéfice d'une Amérique plus égoïste et hautaine que soucieuse de la bénédiction du monde .

Serait ce donc cela le rêve de ces américains ? Le but allégorique de ce voyage ? Une Amérique vide de sens qui fait son show, fardée et dégoulinante d’autosatisfaction et d'égocentrisme, remplie de riches retraités pleins d'ennui, aux loisirs insipides, fort occupés à élire une poupée Barbie, une Amérique gouvernée par des fonds de pension et dont ces américains moyens, nouveaux riches sans goût, sans imagination, et sans élégance seraient les rois ?

Non, non, non ! Notre famille si déjantée, si politiquement incorrect et si sympathique, ne pouvait que faire demi-tour, ouvrir ses yeux et revenir à son bon sens, là bas en Albuquerque, dans le pays des gens simples et authentiques, ayant vécu là trop de désillusions libératrices dans cette formidable aventure !!



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