Du sens et du non sens




On pense tout de suite au film 'Les cadavres ne portent pas de costards' de Carl Reiner dont j'ai comme un petit soupçon que le réalisateur de OSS-117 l'ai vu ou revu ces derniers temps. C'est un film des années 80 du genre interessant, une satire humoristique et décalée du bon polar amér
icain, pleine de clins d'oeil cinéphiles, et mâtinée de non sens et de contresens. Genre qui, on en conviendra, ne pouvait qu'aller comme une belle chaussure cirée au pied de Jean Dujardin.Réactualisé en 2006, à partir d'un personnage réel du cinéma des années 50, le fameux OSS-117 sorte de James Bond à la française, ça donne une premiere impression d'images, de scènes et de personnages peints avec énormément d'efficacité, façon BD, ligne claire. On roule dans de belles voitures américaines bleu-ciel, empruntées à Spirou,
on croise des égyptiens en djellabahs sortis du 'Crabe aux pinces d'Or' . On adore, d'autant plus que dès les premières images on le tient notre Austin Powers 'made in France'.
Ca se gâte un peu, sur la consistance. Non pas les acteurs - avec notamment une magnifique et succulente Berénice Bejo - ,ni sur l'idée de départ, tout ça est excellent. Non il s'agit à mon avis plutôt d'une erreur de cinéaste. Il n'y a pas de scénario dans ce film. L'histoire a été emportée par la satire, comme si le genre et l'idée l'emportaient sur le reste. Non! il ne suffit pas de savoir faire de belles grimaces pour être un bon clown.J'en retiens une leçon de cinéma, à savoir qu'une satire aussi bien pensée qu'elle soit, ne peut pas s'affranchir d'une bonne histoire. Il manque par exemple ici, un vrai scénario de polar pour servir de consistance au genre. Sinon cela ressemble à une collection d'objets façon bazar, certes hauts en couleur, mais avec un vide immense au centre. Il me semble que le spectacteur vient au cinéma d'abord pour entrer dans une histoire sensée. Si en plus il rit et marche dans la combine d'une bonne satire, c'est du bonus. Faire de l'humour avec du non-sens , oui, oui, oui mais en détournant le sens. Pas en le retirant.
Je crois que notre époque adore l'humour de second degré, mais que beaucoup trop de monde s'en réclame. Même si Jean Dujardin a du talent, j'ai peur que ça devienne, de manière générale et plus particulièrement pour ces acteurs comiques, un fond de commerce, une valeur reflexe qu'on insert aussi facilement qu'un Copier/Coller dans n'importe laquelle de nos comédies dites 'intelligentes'. La facilité l'emporte sur le talent. Car il faut beaucoup de talent pour manier le second degré, voire du génie, c'est encore mieux. Le second degré ne remplace pas le premier, mais le transcende.
Woody Allen ou Hitchock avaient compris ça : Le premier avec l'humour, le second avec le suspens. Bien que ce soit leur touche personnelle, elle n'est jamais le centre du film, même si nous spectateurs, une fois dehors, on ne retient qu'elle. C'est un bon scénario, une intrigue au premier degré qui reste le pilier du film. Après et en plus, Hitchock et W. Allen vont tordre le cou au sens propre ou figuré à leurs personnages. Mais leurs films sont des fusées à deux étages : du premier degré au premier, du second au second. Ici la fusée n'a qu'un étage, celui d'un second degré sincère et bien pensé certes, mais trop isolé, trop téléphoné, même s'il reste bien enrobé d'une jolie plastique, de quelques nombreux gags soupoudrés ci et là et de jolies panoplies de 0SS-117 & Compagnie, enfilées, tel de sacrés garnements, par Jean Dujardin et ses acolytes.
