Après les gants, les chaussures...
Paul Amar a donc repris l'émission de 'décryptage télé' laissée vacante par France 5 depuis l'arrêt de 'Arrêt sur Images'. Ca s'appelle 'Revu et Corrigé', titre un peu présomptieux au vu de l'émission qui pour l'instant ne me semble pas ouvrir suffisememnt les dossiers. On ouvre les chairs mais on n'atteind pas le coeur, les chairs se referment et on n'a rien vu.On a plus l'impression d'entendre en moins bien, ce qu'on a tous déjà entendu ou vu ailleurs pendant la semaine dans ce bouillonnement plus ou moins talentueux de talkshows radios et télés. Ce qui pourrait malheureusement transformer d'entrée une émission 'intelligente' comme l'était 'ASI', en sous-talkshow de télé, avec à la barre un animateur qui semble plutôt se frotter les mains d'être assis sur une mine d'or et de faire une émission sur la télé à l'heure où la 'COM' médiatique monte jusqu' à la tête même de la Présidence.
Peut être y a t'il aubaine à prouver ainsi sa légitimité par de l'audimat assuré ? On sait qu'il se sent attendu au virage, et qu'il va devoir prouver qu'il peut remplacer son prédécesseur, alors peut être pense t-il tenir le bon bout avec une émission qui peut faire son fond de commerce rien qu'en parlant de Sarkozy et des médias ? On attends la suite...
Mais le débat est mou, l'animateur un peu ennuyant, sans vouloir être insultant ni pour lui, ni pour des invités qui de fait, se retrouvent un peu surpris de la teneur du débat. Paul Amar semble parfois regarder avec stupéfaction son soufflé tomber à plat, les invités prévus pour le pugilat sont tous d'accord car les questions sont mal posées.
Ou alors il se prend un peu les pieds dans le tapis quand par exemple il affirme que la meilleure vente de 'Closer' est la Une sur un 'politique' car ça arrange bien ses affaires et le fil de son émission : " Mais non ! " lui répond la rédactrice en chef, c'était une star de cinéma la meilleure vente : plouf.
On se souvient des gants de boxes que Paul Amar avait sorti du placard à un JT où il avait animé un court débat entre Le Pen et Tapie, gants qui pour moi avaient été plus un gadget cache-misère, une sorte d'aveu de faiblesse d'un journaliste qui rêve d'avoir du mordant et de la pertinence, mais qui n'en a pas.
Je le soupçonne d'avoir pris cette émission forte, un peu comme il avait pris les gants, un prolongement de soi, en trompe-l'oeil qui a mon avis, ne va tromper que lui, un peu à la manière de ces animateurs qui pensent être drôle dès lors qu'ils animent un bétisier ou un vidéo-gags. Et non. C'est encore la qualité intrinsèque des gens qui compte, ce qui est d'ailleurs plutôt rassurant.
Bref, je pense qu'il n'a pas assez de profondeur de vue pour soulever les véritables contradictions et paradoxes de la cuisine médiatique et d'en fabriquer un vrai débat, ni la dynamique et la finesse pour le conduire ensuite. Je le vois plus comme un journaliste généraliste, pouvant être intéressant dans un créneau plus lisse et plus consensuel, mais second couteau et suiviste sur celui du décryptage médiatique.
Il faut déjà bien comprendre la mécanique des choses pour prétendre animer une émission qui se propose justement de démonter la mécanique des choses. Ici l'ambition est même encore plus grande car 'Revu et Corrigé' ça prétend même remonter derrière correctement les choses, ce qui me parait invraisemblable alors qu'un simple 'Arrêt sur Image' se limitait à faire un constat, encore fallait il , mais c'était souvent le cas, s'arrêter sur la 'bonne' image.
Je l'entendais dire, suite aux polémiques de l'arrêt de 'ASI' , que lui au moins, et par rapport à Daniel Schneidermann, il avait le sourire. En effet, Monsieur Amar, vous êtes souriant, mais c'est un peu léger comme argument ! Les imbéciles heureux aussi ont le sourire, cela dit, pour décrypter les médias il faut peut être plus qu'un imbécile heureux.
J'ai peur pour l'avenir de cette émission qui justement rassemblait des téléspectateurs avertis à qui on ne la fait pas. Télespectateurs dont je suis et qui se permet de vous donner le dicton du jour : 'Ne vous plaignez pas si l'on vous prend pour un clown dès lors que vous vous obstinez à vouloir mettre des chaussures trop grandes à vos pieds'.



Vincent Lindon et Sandrine Bonnaire se ressemblent beaucoup. Ils ont du charme. Beaucoup de charme. Et ils transmettent leur charme à ce film, il faut le dire, un peu laborieux. On retrouve Vincent Lindon dans ce personnage qu'il joue parfaitement bien, d'homme d'affaires passionné et hyper actif, donnant toujours cette impression de fuite en avant dans la réussite, et Sandrine Bonnaire en artiste accomplie, pleine de vivacité, au caractère fort. Je trouve ce caractère un petit peu trop surligné à mon goût, et donc légèrement surjoué, mais c'est tellement contrebalancé par le talent et le jeu de cette actrice, qu'elle donne à ce personnage une consistance et même une épaisseur malgré ce leger bruit de fond qui court le long du film.
Ce film 'en costumes', fait partie de ces films qui ne se bornent pas à montrer l'histoire comme on la connaît déjà, mais cherche à explorer les zones méconnues, les thèses qui circulent. Certes, son réalisateur, tel un boulanger cherchant à rendre son pain comestible, va mélanger à la pâte de l'histoire, un peu de romance, ajouter au récit de l'historien, la saveur et la finesse de la psychologie des hommes, un peu comme le fit par exemple, Milos Forman avec Amadeus.
Le film tire parti d'une période mystérieuse de la vie de Jean Baptiste Poquelin, quand en 1645, le jeune comédien disparaissait de la circulation aprés avoir été emprisonné pour ses dettes à la prison-forteresse du Chatelêt. Une période d'à peu près une année, après quoi, il sera revu, en tant que comédien itinérant, avec sa troupe théatrale en tournée à travers les villages de France et de Navarre.
Que s'est il donc passé pendant cette année là ? Personne ne le sait, et le film s'amuse, et nous avec lui, à apporter une réponse originale, intéressante et remplie d'aventures drôlatiques et de personnages fabuleux.
D'abord il faut parler de Fabrice Luchini, dans un rôle - à contre emploi, je vous l'accorde - d'imbécile parfait, mais qui lui va comme un gant. J'en suis un peu désolé, mais Monsieur Luchini, malgré votre brillance, votre verbe, vos apartés charismatiques, votre verve fougueuse et vos élans passionnés, vous êtes un excellent et un sublime Monsieur Jourdain. Et je vous rend hommage en disant cela, car vous arrivez, d'un pauvre petit bourgeois nouveau riche, mesquin, fat et insipide à souhait, à tirer pourtant quelque panache.
Et que dire de la sublimissime Laura Morante ? Quelle femme ! Quelle beauté ! Quelle classe ! Quel rôle aussi, si impeccablement interprété. Pour ceux qui, par chez nous, méconnaissent cette actrice italienne, courrez voir sans tarder ce film, rien que pour elle, il mérite d'être vu.
C'est donc au milieu de ce petit monde qu'on retrouve Romain Duris, jeune homme aux cheveux longs et au regard noir, cherchant sa voie au travers de cette aventure, et qui finira par trouver du sens en enseignant l'authenticité et l'honneur alors qu'on l'invitait à enseigner la comédie, et le mensonge.
Tiens, voilà à nouveau le formidable Jean François Kahn chez F.O.G. Ce coup ci le voilà encadré de deux jumeaux de l'aristocratie politico - économico - journalistique, deux Alain, Alain Duhamel et Alain Minc. Je m'amuse à regarder ces deux Ego gigantesques et surgonflés assis comme deux bébés dans ces étranges fauteuils à grands dossiers. Il leur manque juste une serviette géante nouée autour du cou avec de la purée et de la compote dessus. D'un côté, le petit Duhamel s'agite sur sa chaise, il aime pas qu'on le chatouille et là il est pas content et il hurle comme un putois car son voisin JFK le grand frère le taquine un peu.
De l'autre coté, l'autre bébé Minc lui a tellement peur de la pique, qu'il fait son faillot devant FOG et quand on s'adresse à lui, préfère recentrer la discussion sur l'invité de l'emission, le gros monsieur à lunettes et cheveux blanc : Monsieur Mauroy. Il faut dire qu'après la branlée qu'il s'est pris par Polac chez Laurent Ruquier une semaine avant, le Alain, il a interêt à se faire tout petit.
Mais celui qui s'enerve le plus en ce moment c'est tout de même Monsieur Duhamel. Il faut dire qu'on l'a pas raté sur ce plateau car on s'en souvient, Monsieur avait écrit un bouquin sur les prétendants à la Presidence courant 2006, avec photos en couverture, et il avait oublié.... Madame Royale. Mais c'est que depuis, le petit malin, il a reécrit son bouquin, rajouté un chapitre sur la dame et évidemment changé la couverture en loucedé.
Sinon Mister Mauroy nous a rappelé avec modestie qu'il avait 'fait' la ville de Lille comme elle est aujourd'hui, merci pour les collaborateurs et les successeurs, et d'ailleurs sachez qu'au PS, certains lui doivent beaucoup : car pour acceder au pouvoir, il a fait la courte echelle à Mitterand, à Jospin et aujourd'hui à la petite Ségo. C'est le bon copain qui mets ses mains sous les chaussures boueuses pour aider à faire le mur. Sympa ce type.
Enfin, un peu au dessus de tout ça, JFK m'a donné vraiment envie de lire un de ses vieux bouquins de 600 pages paru en 1997 : "Tout change parce que rien ne change" Editions Fayard. Il a pris quelque minutes pour en faire une synthèse rapide et diablement efficace. Ce sont des théories très intéressantes, sur le réformisme ou la révolution, la différence entre la réutilisataion d'une structure (réforme) et la destruction de structure (révolution) et pourquoi l'un marche et pas l'autre. Ca sonne juste, il explique bien, et il donne un ou deux exemples. Et moi je viens déjà de trouver une application à sa théorie dans ce que je suis en train de faire. Impressionnant.