26 mars 2008

A bord du Darjeeling Limited

Si vous aimez les trains, et particulièrement les trains les plus baroques du monde, si vous aimez l'Inde et ses voitures extraordinaires, ses éléphants et ses turbans, ses femmes hindoues aux tilakas sur le front et aux vêtements colorés, ses hommes en robes écru et au regard perçant, et si en plus vous aimez l'humour déjanté et que la tête de ces trois ahuris vous fait déjà saliver et vous frotter les mains de plaisir, vous risquez alors de rentrer dans cette salle de ciné et monter à bord du Darjeeling Limited, qui n'est autre qu'une sorte d'Orient-Express indien aussi extraordinaire qu'hallucinant.

Mais je vous préviens tout de suite, pour ce qu'il s'agit de l'Inde, elle n'est ici qu'un malheureux carton pâte, joli décor d'une comédie qui s'avère insipide et décevante, l'Inde et sa spiritualité réduites à un simple prétexte pour délire mystico-occidental de recherche du sens de la vie. C'est tellement creux que ça résonne : çà aurait mérité d'être traité avec un judicieux sens du non-sens, mais non : c'est un bazar enchevêtré de situations, de personnages ou d'éléments disparates. On reste perplexe sur l'intention cinématographique du réalisateur Wes Anderson, intention qui, je l'avoue, m'a personnellement complètement échappé.


Alors pour le fil à suivre, c'est tellement décousu que je crois qu'il n'y a pas d'histoire, aucune intrigue, une enfilade de situations sans queue ni tête. Si vous avez vu la bande annonce dans laquelle on voit un train arrêté quelque part vers nulle part : on entend dans le dialogue : 'le train s'est perdu...', 'non c'est pas possible puisque le train il est sur des rails...' et bien voilà : si vous aimez rigoler, be happy ! vous avez économisé un ticket de cinéma et 1h30 de votre temps, puisque vous avez vu tout ce que le film a de drôle.

Les trois acteurs principaux, bien que forts sympathiques, n'arrivent pas à convaincre, malgré un jeu agréable et une caméra très originale. Peut être qu'ils sont un peu comme nous finalement, eux aussi : un peu paumés par ce film.

C'est dommage car il y a beaucoup de bons ingrédients exotiques dans ce poulet-tandoori sans volaille, dans ce film plein de promesses et de voyage mais résolument vide de son essentiel.

23 mars 2008

Into the Wild

Carnet de bord, août 1992 : "Le bonheur n'est réel que s'il est partagé."

Imaginez que pour partir vers vos chimères, vous ayez tranché à mort dans la chair de vos plus profondes amitiés, leur ayant obstinément tourné le dos pour préférer aller jusqu'au bout d'un solitude extrême, un face à face romantique mais mensonger avec une nature qui à bien y regarder, n'est pas si généreuse qu'il y parait, pour finalement arriver à comprendre - mais un tout petit peu trop tard - que le 'paradis c'est peut être aussi un peu les autres', mais surtout, pour réaliser avec effroi que tout à coup, la porte de retour s'est brusquement refermée derrière vous.

Il semble y avoir un romantisme fort dans l'extrême. Mais il me semble qu'à y regarder de plus près, il est plutôt fragile car derrière ce qui ressemble à de l'héroïsme et qui pourrait se confondre à une séduisante force intérieure, se cache aussi un entêtement égoïste et aveugle - peut être même violent - en tout cas beaucoup moins romantique qu'il y parait.

Surtout que dans ce film, la part de romantisme de cet extrême là - épris de beauté et de grands espaces - peut apparaitre encore plus forte que d'autres et peut d'autant mieux cacher sa face sombre, une sorte de fuite en avant, en quelque sorte, élégante et pleine de superbe, une espèce de pureté et de quête de liberté qui appelle à l'admiration mais qui s'enfermant sur elle même, comme un rayon de soleil qui se prendrait pour le soleil, fait oublier à l'humain, ses liens chaotiques et déchus avec le paradis perdu.

Pourtant que de signes sur son chemin : Cette amie hippie qui sait parler à son cœur et qui se révèle être une mère désespérée de la disparition de son fils : n'y voit il donc pas la souffrance de sa propre mère ? N'y a t'il pas là une sorte de destin qui envoie devant lui , des messages dans sa fuite ?

Et ce Ron, qui a aussi perdu dans un accident femme et fils, avec qui il va trouver enfin une relation forte de fils et de père, ce vieil homme qui va s'attacher à lui comme à son propre fils et à qui il va aussi briser le cœur ? Ce Ron qui, avec intelligence et délicatesse, va aborder la question de Dieu. Mais on est loin de ce christianisme virulent qu'on entend parfois aux États-Unis. Ici, le vieux Ron, devenu chrétien dans ses malheurs, veux lui prêcher la bonne parole, et ça se passe avec beaucoup de pudeur et d'élégance, et surtout avec sagesse et profondeur, expliquant qu'aimer c'est pardonner.

Peut être est ce là encore un signe pour briser avec douceur la fuite en avant de ce grand adolescent épris de grandeur, car le film nous explique petit à petit pourquoi ce Christopher McCandless, dont ce film est l'histoire réelle, a quitté ses parents avec révolte, leur reprochant leur conditionnement à la culture américaine de la réussite sociale, leurs esprits corrompus à l'argent et à l'hypocrisie du paraître.

Encore un regret pour les amoureux des "Happy End" : cette petite ado follement éprise de lui, rencontrée dans ce camp de hippies, et élégamment respectée par Christopher, mais pour qui, même l'amour était trop étroit pour cet esprit enivré de sa propre illusion.

Sean Penn avec beaucoup de tact, respectant la volonté de la famille de Christopher, a porté à l'écran l'histoire de ce jeune homme tirée du livre de Jon Krakauer "Voyage au bout de la solitude".





02 mars 2008

On n'est pas couché...

Cette émission porte bien son nom et moi je la traiterais volontiers d'étouffe-chrétien' car 'qui se couche tard le samedi soir rate le tocsin le dimanche matin'. Comprendra qui voudra....

Laurent Ruquier, qui a remplacé Thierry Ardisson pour animer cette émission, me fait personnellement penser à Philippe Bouvard, dont je pense qu'il est le digne successeur, bien qu'à mon avis, il préférerait qu'on le compare à Sacha Guitry. Pourtant de Mr Bouvard, je lui prédis la même longévité médiatique. Avec des hauts et des bas, car ce genre de personnage peut beaucoup plaire mais également beaucoup lasser. Ils ont également en commun une solidité dans la durée, une sorte d'opiniatreté dont je pense que c'est là une de ces qualités paysannes qu'on pressent ataviques chez ces faux-parisiens. Si c'étaient des rameurs, ils ne feraient pas des grandes avancées à chaque coup, mais par petits coups et beaucoup de persévérance ils arriveraient à placer leur barque où ils le veulent.

Je crois qu'il y a entre eux beaucoup de ressemblance. A commencer par leur amour insupportable du jeu de mot, mais aussi d'un solide sens de la répartie, ainsi que de leur capacité incontestable à animer un groupe d'amis autour d'une table, appelés chroniqueurs quand cette table est sous des projecteurs. Mais au delà, de ces atouts en main, je pressens comme une sorte de complexe provincial indécrottable. Je connais moins Bouvard, mais je me souviens des débuts de Ruquier arrivant à Paris : en quelques mois il s'était déguisé en parisien. Je ne m'avancerai pas, mais j'ai parfois l'impression que même son homosexualité, dont il aime coquettement faire allusion, fait partie de la panoplie.


Autre point : devrait on lui dire qu'on avait compris que l'émission est enregistrée à l'avance et qu'il devrait arrêter cette comédie complètement dépassée de mentir à l'écran sur la date du jour... ? Je suis d'autant plus étonné de cet archaïsme là, que justement ici, on a affaire à une émission de promotion qui ne cire pas les pompes des invités, et qui donc ne prend pas les téléspectateurs pour des imbéciles.


Eric Zemmour a une analyse originale et profonde, particulièrement dans son domaine, l'histoire politique de la France. Il évite les poncifs et aime expliquer ce qu'il a lui même compris. Je crois même que ce trait particulier, cette faculté pédagogique d'expliquer plutôt que d'affirmer ce qu'il énonce, est importante dans la psychologie du personnage. C'est un prof dans l'âme en quelque sorte. Un bon prof qui ne pourrait pas dire une phrase sans l'avoir lui même parfaitement comprise. Ce qui le dessert parfois car ses explications sont souvent à contre temps et inattendues, perturbantes et non conformes aux affirmations courantes et aux divers lieux communs de la pensée unique ou partisane, elles brillent par leur pertinence, sont souvent techniques et analysées en profondeur, avec la perspective permanente de l'histoire.

Forcément avec ce degré de finesse, il dépasse les clivages de la pensée préfabriquée, et il est quasiment 'obligé' de heurter un interlocuteur assis sur des présupposés. Pour le contradicteur, ça peut devenir vite l'heure de vérité car la pensée toute faite se brise toujours contre l'analyse et l'étude.

Sur le plan des convictions, il a une assise qu'on appelle 'réactionnaire' mais il est la preuve vivante que ce mot ne veux plus rien dire depuis que son sens s'est figé négativement dans un conservatisme de droite poussiéreux : car la réactivité intellectuelle est plutôt une forme d'intelligence sauf quand elle est réduite à un simple réflexe pavlovien, et ce, bien entendu, quelque soient les convictions personnelles.

Son défaut ? A mon avis c'est celui de sa qualité : Comme il s'appuie plus sur le bon-sens que les affirmations toutes faites, il présume trop que son interlocuteur ait suffisement de bonne foi pour le comprendre.

On se souvient de Cali qui malgré son joli minois, sa gentillesse et sa jolie voix n'a pas pu tenir longtemps tellement ce chanteur est apparu pétri de 'politiquement correct'. Le gentil garçon a commencé à avoir la gentillesse qui craquelle devant la critique et n'a trouvé pour se défendre que de déchirer les notes écrites du chroniqueur : quel aveu de faiblesse ! C'est petit, même si derrière, L. Ruquier a essayé de lui sauver la face en présentant ce déchirement de papiers à travers le plateau comme un nuage de papillons et comme une belle poésie du chanteur.



Eric Nolleau énerve. Vous savez, quand il regarde son interlocuteur avec ce regard perdu devant tant de néant et de désolation et que, de sa bouche à peine entrouverte - car vaut il la peine même d'ouvrir sa bouche ? - s'echappe alors un "... c'est consternant...." . On soupçonnerait presque à travers ce léger rictus, une pointe de jouissance sadique à 'se faire l'invité' devant tant de spectacteurs. Combien en face de lui, se sont énervés à ce moment précis : là. Et on les comprend. Et pourtant cet Eric Nolleau a de l'argument. Je l'ai connu sur Paris Première, chroniqueur dans l'émission 'Ca balance à Paris' où ses critiques sont souvent justes et décapantes. C'est vrai qu'il râpe et asticote souvent là où ça fait mal.

Je prends sa défense et celle des bons critiques avec lui. C'est vrai, zut : on n'accuse pas la brosse à récurer d'être en métal ni le rabot d'avoir une lame. Car on attends d'eux exactement ce qu'ils apportent. Or la critique, tel un outil, certes qu'il faut savoir manier, est une manière de confronter l'artiste ou l'écrivain qui par principe, "prétend" apporter quelque chose à la société. Or on a tout à fait le droit de soumettre la "prétention" de quelqu'un, au feu de la critique de quelqu'un d'autre, qui par sa pointe, s'il en a, peut décaper mensonges, facilités ou autres faux semblants. C'est de bonne règle si tant est que le critique est aussi de bonne foi. On se souvient qu'à sa place, quelques mois plus tôt, un autre critique, Michel Polac, avait maltraité Daniela Lumbroso de manière tout à fait lamentable et scandaleuse. Il avait démontré là ce que c'est qu'un mauvais critique, haineux et contrarié d'avoir simplement été confronté loyalement à lui même, je n'en dirais pas plus par égard pour ce vieillard poussiéreux et aigri.

Emission de promotion d'artistes avant tout, ce n'est certainement pas tout. On y voit autant de politiciens que d'artistes, intellectuels ou écrivains. Cela donne parfois des ratés, notament quand le politique veut faire l'artiste ou l'inverse, le mélange des genres n'est pas toujours de bon goût. Et pourtant, alors qu'on réduirait cette émission au seul titre un peu méprisant, d'émission d'amusement ou d'entertainment, on se tromperait à mon avis, car on y entend , sur fond d'amusement agréable certes, des débats et des analyses d'excellente qualité.

Laurent Ruquier, ici, a trouvé sa place, entre l'animateur que j'adorais sur 'Paris Première' où il animait la génialissime émission : 'Ca balance à Paris', où il était bien entouré, lui même empathique et sérieux, et le bateleur, l'amuseur aux jeux de mots de France2 et d'Europe 1, que j'aime moins mais qui ici a trouvé bel endroit où amener sa barque.