26 octobre 2006

The queen


Est ce un film en forme de documentaire ou bien une fiction inspirée de la réalité ?

On aimerait bien savoir si les petites piques et répliques pointues de la reine sont réelles ou inventées. La réponse, Stephen Frears la donne ici : "Nous avons fait beaucoup de recherches et utilisé notre imagination. On pourrait dire qu'il s'agit de notre imagination basée sur nos recherches. Après, nous avons tous un instinct pour déterminer si quelque chose nous semble crédible ou pas. " La suite de cet article laisse penser que beaucoup de choses ont été inventées ou ajoutées à des faits réels lus ou entendus ci et là. Difficile de savoir...

Cela dit, l'histoire est en effet très crédible, et nous donne l'envers d'un décors que nous connaissons tous : celui de ces milliers de bouquets de fleurs adossés aux grilles du palais de Kensington, dernière demeure d'une célèbre princesse brutalement disparue, tandis qu'un autre palais, un certain "Buckingham Palace" reste bien silencieux, aux lendemains de ce sinistre 31 Août 1997.

Ce film retrace donc la période qui commence par l'élection de Tony Blair comme 'Prime Minister' quelques temps avant l'accident de Lady Diana, jusqu'à quelques mois après. L'Angleterre adore ce nouveau premier ministre travailliste, jeune, moderne qui succéda au long règne - 1979-1997 - de deux dinosaures du parti conservateur, respectivement Margaret Thatcher et John Major.

Un peu trop moderne au goût de la reine, certes, mais tout à fait à son goût pour le prince Charles qui voit en lui un allié dans ses tourments familiaux. Il faut dire que le prince Philipp et la reine mère, enfermés et engoncés dans leur tradition, ne sont pas du meilleur conseil pour Elisabeth II et notamment au coeur de ce qui va faire le thème du film : la réaction populaire de chagrin et de stupeur que suscita alors le silence et le dédain de la Couronne devant la mort de la princesse Diana.

C'est alors un jeu d'acteurs extraordinaire, toute en lueurs, en subtilités entre une Hellen Mirren époustouflante de génie, souveraine dans l'âme, qui va lentement se métamorphoser dans une solitude nécessaire, et un Michael Sheen, dans le rôle d'un Tony Blair audacieux et punchy, qui n'hésite pas à déranger et conseiller la reine - ce qui rappellons le, en Angleterre, est anticonstitutionnel.

En fait, cette femme d'apparence si glaciale, est à ce moment là, au fond d'elle même, écartelée entre une époque qui va trop vite, un épisode Lady Diana 'mal digéré', un peuple qu'elle sent aigri contre elle, un rejet populaire qu'elle commence à comprendre et, en face, au sein de sa famille - beaucoup moins noble qu'elle - un monde clos, petit, portant du fruit comme une branche d'arbre sec, et enfermé dans mille ans d'histoire et de protocole rigide et lourd.

Pourtant, le coeur de cette femme va semble t-il, commencer à fondre comme de la glace. Pour les uns, c'est sincère, pour les autres c'est feint... Peut être n'est-ce ni l'un ni l'autre, ou bien les deux à la fois, et Stephen Frears nous manipule.... Je ne sais plus très bien, mais ce que je sais maintenant, c'est que j'aime un peu plus, sans la connaître, cette femme incroyable qu'est Elizabeth II, the Queen of the United Kingdom and all the other Commonwealth realms.

21 octobre 2006

Le pressentiment


Film intéressant bien qu'insatisfaisant : plutôt photographique, statique et lent, que vif et animé, ce n'est pas de la haute-tension, mais c'est techniquement bien fait, dévoilant avec une belle caméra, un Paris plein de poésie, parfois c'est beau mais un peu long, - comme ce plan en caméra subjective sur des pigeons occupés par un bout de pain et dont un moteur de voiture va arrêter subitement la rêverie - il apprend toutefois beaucoup sur la difficulté des relations humaines et notamment sur les préjugés des uns et des autres.

On redécouvre combien derrière ces visages que l'on croise tous les jours peut exister autant de différences et d'incompréhensions, combien d'une classe sociale à l'autre il peut exister de cloisonnements, d'univers divergents.

Bon ici, la description des classes frise un peu la caricature mais on retrouve bien l'escalier du mépris d'une marche à l'autre de la hiérarchie sociale.

Les histoires mettant en scène le choc culturel produit entre deux classes sociales sont toujours intéressantes. En partie parce qu'elles s'attachent à mettre en évidence les différences. Mais elles deviennent beaucoup plus profondes, et même souvent sublimes, lorsqu'elles montrent aussi les convergences, les transcendances intersociales, car alors on se situe dans l'universel, la matière même des grands films.

Peut être qu'en choisissant le roman homonyme d'Emmanuel Bove, notre ami Daroussin-réalisateur s'est plus occupé du sentiment existentiel du personnage principal : "Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel Bove est la manière dont on ne parvient pas à comprendre, à maîtriser son existence."

A mon avis, c'est cet égocentrisme philosophique du point de vue, ce focus mis sur un seul individu dont l'histoire n'est pas si interessante que ça, mais qui est le thème choisi par le roman-film, et qui rabaisse finalement tout le contexte, tous ces gens autour de lui, à un pretexte au propos. D'ailleurs, si propos philosophique il y a, il reste assez confus. C'est dommage, car l'histoire ne se transcende pas, elle ne se laisse pas traverser par l'universel alors qu'à travers tous ces personnages, il aurait pu se passer quelque chose.

Ca reste un beau film, portraitiste, et même poétique, mais dont le sens n'est pas immédiatement accessible à chacun et qui à cause de ça reste théorique, un trait un peu malheureux à mon avis, mais bien connu du cinéma français.


17 octobre 2006

Little Miss Sunshine



Dans la série : ‘un américain se moque gentiment des américains’, le coup est assez réussi et à ce titre, je propose de regarder ce film, ce road-movie, comme une allégorie rigolote de l’Amérique en marche. Une Amérique intéressante et méconnue, qui ne fonctionne pas très bien, une Amérique un peu déglinguée, à l’image de ce van Volkswagen un peu usé et souffreteux, conduit par un vrai américain, sincère et naïf, aux théories imbéciles sur la vie, un peu comme peut l'être aussi parfois l’Amérique, quand elle se laisse conduire par ce genre d’idéologies inconsistantes basées sur une compétition débile à la réussite et au succès à tout prix.

‘Comment Réussir sa vie en 9 points.’ Voilà le genre d’inepties qu’écrit notre père de famille et conducteur de van. Mélange de théories réunissant des concepts épars de foi en soi, de méthode 'Coué' et de témérité aveugle. Mais le pire c’est qu’il y croit et qu’il veut convertir sa petite famille. Arrogance de cet idiot prétentieux qui dicte le bien et le mal, que personne ne prend au sérieux mais que tout le monde feint de croire sous la menace d’être peut être soi-même un ‘looser’ (va savoir et s'il avait raison...).

Dans le van, à ses côtés une humanité pleine d’illusions et de 'loose'. Tous ont un peu raté, un peu échoué. En vrac : le grand père, un vieil obsédé sexuel qui se plaint de sa vie ratée, des enfants qui croient dur comme fer à leurs illusions et qu'ils ne vont pas tarder à perdre, un oncle taciturne et suicidaire et une mère admirable mais qui regarde tout ça en pleurant. Et bien évidemment, à leur tête, le roi des 'loosers' : Mister « I am a winner» .

Mais continuons dans l’analogie : L’Amérique, clopin-clopant - clopinant finalement comme tout le monde - mais conduite par des arrogants qui tiennent un discours prétentieux, est en route. Et ou va donc cette Amérique mal emboutie et menteuse sur elle-même ? Vers quel rêve, quelle conquête se dirigent tous ces espoirs ?

A un concours de beauté organisé à deux jours de route, en Californie, où la petite Olive, la petite de la famille, une gamine d’une douzaine d’années, dont la beauté physique n’est pas évidente, rêve pourtant de participer.

Aïe aïe aïe, voilà un cas d’école délicat pour le maître en méthode 'Coué'.

C’est pourtant une perle d’innocence, cette petite, un véritable composé de fraîcheur et d’intelligence : le genre qui lève ses yeux et vous regarde d'en bas, visse son regard dans vos yeux, et de derrière les carreaux de ses lunettes immenses, vous pose une question direct-upercut qui ferait dire la vérité au plus grand des menteurs.

Quant au concours de beauté en question, il est plutôt corsé. Ou plutôt corseté. Dans le genre « cul-cul la praline » on fait difficilement mieux. C’est le paradis californien de quelques hideuses bonnes femmes à bigoudis qui se servent de jolies petites fillettes, qu’elles transforment et coiffent à leur image. Elles jouent à la poupée. C’est le summum du vide sidéral, de la fadeur nombriliste et du mauvais goût. Pendant que les fillettes font la pose, un animateur au sourire-dentifrice chante – mal - un cantique sirupeux dans le genre : "Dieu bénit l'Amérique et répands sur elle ses bienfaits" à la gloire et au bénéfice d'une Amérique plus égoïste et hautaine que soucieuse de la bénédiction du monde .

Serait ce donc cela le rêve de ces américains ? Le but allégorique de ce voyage ? Une Amérique vide de sens qui fait son show, fardée et dégoulinante d’autosatisfaction et d'égocentrisme, remplie de riches retraités pleins d'ennui, aux loisirs insipides, fort occupés à élire une poupée Barbie, une Amérique gouvernée par des fonds de pension et dont ces américains moyens, nouveaux riches sans goût, sans imagination, et sans élégance seraient les rois ?

Non, non, non ! Notre famille si déjantée, si politiquement incorrect et si sympathique, ne pouvait que faire demi-tour, ouvrir ses yeux et revenir à son bon sens, là bas en Albuquerque, dans le pays des gens simples et authentiques, ayant vécu là trop de désillusions libératrices dans cette formidable aventure !!