12 novembre 2006

Prête moi ta main



Alain Chabat disait de Pierre Lescure "Pierre est toujours d'accord pour la déconne, mais bien faite". Avec ce film, on peut lui retourner le compliment, à lui en tant que producteur et acteur mais également co-auteur, et au réalisateur Eric Lartigau déjà familier du genre avec des réalisations cinéma comme : "Qui a tué Paméla Rose?" ou "Un ticket pour l'espace" mais aussi sur Canal+ avec notamment la réalisation de la drolatique série déjantée "H".

Voilà une comédie romantique qui aurait pu être bâclée, bâtie sur un scénario cliché, dont la trame pouvait être archi-prévisible et contenue dans le titre, dont les dialogues comme les situations auraient pu être convenus si elle n'avait pas été traitée - en petite comédie bijou qu'elle est - avec la finesse et le dosage digne d'un grand chef de cuisine dont la spécialité est, depuis déjà un bon moment, le burlesque déjanté.

Il faut dire qu'avec ce casting aux petits oignons, et cette belle brochette d'acteurs comme ingrédients de base, ça part déjà pas trop mal. A commencer par la délicieuse Charlotte Gainsbourg, autant à l'aise, et chic, en petite bourgeoise charmante que "trashy", et dont le rôle semble taillé pour elle. Cette fille a un charme à tomber par terre, elle a 35 ans et la classe d'une Charlotte Rampling. Cette belle jeune femme, toute dans sa fraîcheur, montre ici avec beaucoup de talent, un jeu d'acteur qui semble lui être si naturel et si facile.

Et que dire de Bernardette Lafont dans ce rôle de mère terrifiante ? Veuve et mère de cinq filles interprétées par cinq actrices formidables, elle est un vrai dragon au féminin, une institution matriarcale de choc qui, avec ses cinq filles, décide de prendre en main le destin marital de cette 'mollusque' de fils et frère, ce vieux célibataire endurci et impénitent incarné par notre ami Alain Chabat.

Alors l'histoire, bien construite, bien rythmée, vous emmène sur un 'grand huit' de rebondissements déjantés, de situations décalées et de quiproquos délicieux, dont un, mémorable, concernant l'adoption. Je n'en dis pas plus, c'est à mourir de rire, c'est fin et délicieux, c'est de "la déconne bien faite", très bien faite même puisqu' on en sort avec le sourire aux lèvres et avec une furieuse envie de refaire un tour !

10 novembre 2006

L'aristocratie populaire

Je préfère une mauvaise conscience conseillée par de la bonne foi qu'une bonne conscience guidée par de la mauvaise foi.

Cette pensée m’est venue, en réfléchissant à la droite et la gauche françaises, et notamment en réaction à ces hurlements d'une certaine gauche bien pensante, pétrie de bonne conscience, faite de politiciens, mais aussi d'artistes, de sportifs ou de journalistes et qui se polarise sur la personne de Nicolas Sarkozy d'une manière éhontée.

En effet, j'admets qu'on ne puisse pas aimer quelqu’un, ni partager ses idées, chacun est libre. Et on peut même le dire librement dans notre pays, en tout cas, à ses risques et périls. Mais tirer aujourd'hui à boulets rouge sur le premier policier de France, quel qu'il soit, c'est encourager derrière, des plus jeunes à faire la même chose. C'est une attitude profondément irresponsable. Pour preuve : on retrouve dans ce comportement une caractéristique probante de ce qu’est un irresponsable : il accuse systématiquement un autre que lui, du mal qu'il fait lui-même.

Par exemple : "C'est Sarkozy qui mets le feu dans les banlieues" disent-ils, alors que simplement par cette simple accusation, ils ouvrent déjà la porte à la contestation de l'autorité en place, en montrant l'exemple. Ceux ci ont le pouvoir et peuvent se servir des media pour attaquer ainsi la police, en attaquant le premier policier de France, mais d'autres, plus démunis qu'eux, n'ayant qu'un cocktail molotov ou des caillasses sous la main, vont faire exactement la même chose derrière, puisqu'ils ont l’aval de gens ‘sérieux’ entendus sur les média. En réalité ce sont EUX qui mettent le feu en soufflant ainsi sur les flammes l'appel à une révolution que eux mêmes, tous plus ou moins riches et célèbres n'auraient aucun courage de faire.

D'ailleurs à propos de ces irresponsables qui ne sont pas à une incohérence près, je voudrais juste signaler que s'ils se faisaient cambrioler ou agresser dans la rue, ils seraient les premiers à aller courrir dans le premier commissariat pour aller pleurer.

J’entendais récemment des grosses pointures médiatiques -plutôt à gauche - s’interroger sur leur part de responsabilité à filmer et à parler de la violence dans les banlieues. C'est bien, car à mon avis c'est un peu de leur mauvaise conscience qui s'exprime et donc qui fonctionne. C'est bon signe : ils n'ont pas encore calaminé toute la tuyauterie à la bonne conscience. Avoir quelque chose à se reprocher, c'est plutôt un signe de bonne santé morale. Mais que penser ? Je n'ose pas croire que ces barons des media aient déjà oublié les fondamentaux de leur métier à savoir entre autres, l'objectivité journalistique ? On a envie de leur dire qu’ils continuent de faire leur boulot et qu'ils continuent de parler et de décrire l’actualité, au plus près de ce qu'elle est, mais qu'ils arrêtent de donner le mauvais exemple en levant le poing – verbalement bien sur – contre la police dans la personne du ministre de l’Intérieur, car je le rappelle, quel qu'il soit, qu'on partage ou non ses opinions, c'est notre système démocratique qui l'a placé là.

Je ne parle pas non plus du personnel politique de gauche , dont le discours se situe déjà beaucoup moins dans l'autocritique à une ou deux exceptions près , et qui de fait, fait exploser le mesuromètre à mauvaise foi. Car j’aimerais voir un ministre de l’intérieur de gauche face à la situation catastrophique actuelle. Aujourd’hui quand les socialistes se vantent du passé, ils n’ont qu’un nom à citer pour ce poste : celui de Mr Chevènement, qui a été en son temps un Sarkozy de gauche avec ses ‘sauvageons’ : la veste est vite retournée car n’oublions pas qu’à l’époque il était critiqué par les mêmes de faire une politique de ‘droite’.

Auto-critiquons plutôt notre société et notre système démocratique mais pitié, un peu de bonne foi !! Car il y a dans ces attaques forcenées, un aveuglement et une mauvaise foi totale.

Je veux seulement revenir une minute sur le fameux terme de "racaille". Tout le monde sait que ce terme dans la bouche du ministre désignait SEULEMENT les voyous. C'est certainement un mot passe-partout certes, mais c'est aussi un des mots les plus légitimes pour parler du délinquant sans amalgames avec tous les jeunes. D'ailleurs tous les jeunes de banlieue utilisent ce mot pour bien désigner le délinquant et personne ne s'en plaint. Tout le monde sait également que cette délinquance existe, qu'elle augmente, qu'elle nuie à la société comme de la gangrène, en la pourrissant de l'intérieur. Tout le monde sait qu'il faudrait que le trafic de drogue, la violence qui grandit, l'irrespect qui irrite et exaspère tout le monde, soient "karchérisés" dans notre pays. Tout le monde le sait. Mais on a trouvé notre nouveau bouc émissaire raciste en France. Je signalerai simplement à ces bon penseurs qu'un certain Mr LePen à tout à gagner à cela, non seulement car cette haine s'est déplacée de lui vers Mr Sarkozy, mais aussi et surtout parce que finalement la nature subjective et irrationnelle de ces haines finit par se retourner contre ceux qui l'exercent et absoudre ceux qui en sont l'objet.

Aujourd'hui je suis en colère contre cette gauche inconsistante, incapable de réflechir sur le fond. Elle est réactionnaire, elle qui se sert de ce mot pour insulter les autres, mais je maintiens ce mot contre elle, car il la represente si bien dans cette incapacité qu'elle a de se fédérer autrement qu’en réaction haineuse à quelqu’un. C'est le summum de la médiocrité en terme d'intelligence et de bonne foi. Ce ne sont même pas des aristos - selon Montesquieu -, bien qu’ils jouent ce rôle, et quand ils sont chanteurs ou comédiens ou journalistes, ils feraient bien d’arrêter de faire cette politique à 3 balles de donneurs de leçons immodestes et de retourner travailler à leur domaine de compétences.

Qui est le roi dans une démocratie ? Qui a le pouvoir officiel ? qui est détenteur du pouvoir, de la 'Cratie' ? C'est le Peuple. C'est le "demos" qui "crate" . Et que dit Montesquieu à ce propos ? Lui qui a observé à la fois la monarchie et la démocratie, et qui conclu qu'il perdure à ces deux formes d'exercice du pouvoir si différentes, la même caste qu'il appelle l'aristocratie. En quelques paragraphes de "L'esprit des lois" il démontre qu'il existe un pouvoir officieux qui influence le pouvoir officiel. C'était la cour des aristos à Versailles quand c'était le roi qui était le représentant constitutionnel du pouvoir.

Il faut donc chercher le vrai pouvoir, le pouvoir officieux, comme influant directement le détenteur du pouvoir officiel et donc dans notre démocratie rechercher du côté de ceux qui influencent le peuple, l'opinion publique.

Qui a ce pouvoir officieux dans une démocratie ? Qui le "peuple" écoute ? Par qui le peuple se laisse t'il convaincre ? Qui le "peuple" applaudit dans les agoras télévisées où personnages en vue, chanteurs, sportifs, comédiens voire politiciens-ecrivains viennent s'exprimer, vendre leurs soupe, et en plus expliquer leurs points de vue - plus ou moins fumeux - comme des vérités premières ? Points de vues au demeurant assez souvent consensuels fortement ancrés dans la pensée unique et tendancielle. Toute cette fange de gens célèbres et influents, j'appelle ça "l'aritocratie populaire", un peu comme une aristocratie miroir à celle du sang bleu, qui s'adresse aujourd'hui au peuple de visu comme la cour qu'elle était, parlait au roi face à face dans les avenues du parc à Versailles.

Le vrai pouvoir se mesure en influence. Il s'exerce sur un territoire. C'est pour cela qu'aujourd'hui, le veritable territoire d’influence de nos démocraties, ce sont les média.

La légitimité de cette « aristocratie populaire » ? le succès. Ils ont éblouis par leurs chansons, leurs films, leurs éditos. On y trouverait autant Cali que Djamel, Joe Star, Bernie Bonvoisin, Charles Berling ou Philippe Val et bien d'autres, ils se servent d’un succès populaire qu’ils ont gagné en dehors de la politique ou bien sur le dos de la politique pour s’exprimer dans les média qu’en ce n’est pas eux également qui les font. Cette légitimité ne leur donne pas forcément une compétence politique mais manifestement, aujourd'hui force est à chacun d'être compétant dans ce qui le concerne comme dirait l'évangile selon Ségolène.

Je n'ose pas penser que ces pauvres reflexions démagogiques, cette prose récurrente et injustement centrée contre la personne de Mr Sarkozy, ce ramassis de propos faciles et gratuits, gonflés de pensée unique, pseudo-légitimés par l'audience forte de média populaires ou nouveaux comme l'internet, servent d'ingrédients de base à la soupe populaire que Madame Royale se prépare à nous servir.

Mais pourtant, j'ai bien peur que le fond de commerce de cette gauche archaïque - dont Madame Royale va bien devoir maintenant assumer la pleine representativité - soit réduit à ce front anti-droite, anti-sarko, front réactionnaire et haineux, entêté et dépourvu d'autocritique, sans autre ambition que de détruire sans rien proposer d'intelligent à construire sinon d'exercer le pouvoir du kalife à la place du kalife.

Mais en face, il y a un peuple en désarroi et qui souffre. Il a besoin d'un gouvernement fort, il le pressent. Il sait que Madame Tatcher a remis l'Angleterre debout, économiquement, et moyennant un prix élevé pour chacun. Il pressent que l'avenir va être difficile et sacrificiel et c'est pour cela qu'il se prépare à élire une femme. Car dans l'inconscient collectif on accepte plus la fermeté maternelle, qui sait si bien s'enrober de douceur. Mais de toute manière, homme ou femme, la tâche du prochain Président quel qu'il soit, et de son gouvernement sera rude surtout s'il ne traite pas correctement et fermement d'économie devant la mauvaise gestion financière du pays.

Mais surtout, le projet présenté aux français ne doit pas reposer sur une révolte permanente et profonde de la moitié de la France contre elle même. Il doit être débarrassé de ces haines profondes entre la gauche et la droite. Un bon médecin est il de droite ou de gauche ? Cette question est ridicule tout comme le serait le fait de réduire l'avenir à une révolution.

Car le prochain président ne pourra pas être un opportuniste démago affaibli par une campagne faite de promesses impossibles à tenir, il devra rester hermétique aux sirènes de nos aristos de bazar qui auront pourtant influencé le vote.

Car il sera alors bien dans la peau d'un médecin au chevet d'un pays malade et il devra alors être habité par une vision claire, efficace et non dogmatique des remèdes à utiliser ainsi que posseder une opiniâtreté et faire preuve de beaucoup de courage pour appliquer correctement sur les plaies, les bons traitements.

01 novembre 2006

Scoop


Un film de Woody Allen ça se mange comme un bonbon Kréma, avec gourmandise. Ce sucre, ce goût acidulé qui envahit soudainement votre bouche, qui était encore si fade, une minute avant, on trouve ça génialement bon, on le mord lentement, on le fait durer en bouche, mais voilà, on ne s'en souvient plus non plus trois heures après.

On sait qu'on va passer une bonne heure et demie et qu'on ne s'ennuiera pas. Et c'est vrai. C'est toujours un grand moment, tous ces dialogues ciselés, fusant à cent à l'heure, ces histoires à dormir debout, cet humour unique et indémodable, ces relations hommes-femmes mises à mal et mises à nu. Même ici, dans ce film "Scoop" qui constitue un ouvrage sans prétention, mais très bien construit : une petite comédie plutôt simpliste et rigolote et qui vous entraine avec plaisir dans un Londres à la fois chic et cheap, et comme toujours dans tous ses films, d'appartements en restaurants, places, lieux et villas visités par un excellent décorateur.

On trouvera dans "Scoop" en vrac : une histoire abracadabrante, un Woody Allen à la fois réalisateur et acteur, toujours un peu plus vieux de film en film mais toujours aussi mordant, une Scarlett Johansson pleine de fraîcheur, belle et agréable, filmée avec une légère touche tout à fait délicieuse 'actrice des années 50', et bien sûr des répliques signées dans la bouche du maître, du style : "j'ai changé de confession, je ne suis plus de confession hébraïque, mais de confession narcissique".

Une grande lucidité certes, pour quelqu'un qui effectivement m'a toujours donné cette impression égocentrique d'avoir mis tout son génie à son propre service : parce qu'effectivement, il y a bien là, dans ce film, un rythme formidable, une musique raffinée, effectivement la déco est élégante, le scénario ciselé, et les acteurs excellents, oui, oui, oui , il y a bien là un travail et une oeuvre de très grande qualité, mais voilà, et peut être à cause de ce nombrilisme forcené, il n'y a malheureusement pas beaucoup d'universalité et pas vraiment de transcendance.

En fait, c'est bien cela : c'est agréable au goût, mais pas beaucoup plus nourrissant qu'un délicieux bonbon.

26 octobre 2006

The queen


Est ce un film en forme de documentaire ou bien une fiction inspirée de la réalité ?

On aimerait bien savoir si les petites piques et répliques pointues de la reine sont réelles ou inventées. La réponse, Stephen Frears la donne ici : "Nous avons fait beaucoup de recherches et utilisé notre imagination. On pourrait dire qu'il s'agit de notre imagination basée sur nos recherches. Après, nous avons tous un instinct pour déterminer si quelque chose nous semble crédible ou pas. " La suite de cet article laisse penser que beaucoup de choses ont été inventées ou ajoutées à des faits réels lus ou entendus ci et là. Difficile de savoir...

Cela dit, l'histoire est en effet très crédible, et nous donne l'envers d'un décors que nous connaissons tous : celui de ces milliers de bouquets de fleurs adossés aux grilles du palais de Kensington, dernière demeure d'une célèbre princesse brutalement disparue, tandis qu'un autre palais, un certain "Buckingham Palace" reste bien silencieux, aux lendemains de ce sinistre 31 Août 1997.

Ce film retrace donc la période qui commence par l'élection de Tony Blair comme 'Prime Minister' quelques temps avant l'accident de Lady Diana, jusqu'à quelques mois après. L'Angleterre adore ce nouveau premier ministre travailliste, jeune, moderne qui succéda au long règne - 1979-1997 - de deux dinosaures du parti conservateur, respectivement Margaret Thatcher et John Major.

Un peu trop moderne au goût de la reine, certes, mais tout à fait à son goût pour le prince Charles qui voit en lui un allié dans ses tourments familiaux. Il faut dire que le prince Philipp et la reine mère, enfermés et engoncés dans leur tradition, ne sont pas du meilleur conseil pour Elisabeth II et notamment au coeur de ce qui va faire le thème du film : la réaction populaire de chagrin et de stupeur que suscita alors le silence et le dédain de la Couronne devant la mort de la princesse Diana.

C'est alors un jeu d'acteurs extraordinaire, toute en lueurs, en subtilités entre une Hellen Mirren époustouflante de génie, souveraine dans l'âme, qui va lentement se métamorphoser dans une solitude nécessaire, et un Michael Sheen, dans le rôle d'un Tony Blair audacieux et punchy, qui n'hésite pas à déranger et conseiller la reine - ce qui rappellons le, en Angleterre, est anticonstitutionnel.

En fait, cette femme d'apparence si glaciale, est à ce moment là, au fond d'elle même, écartelée entre une époque qui va trop vite, un épisode Lady Diana 'mal digéré', un peuple qu'elle sent aigri contre elle, un rejet populaire qu'elle commence à comprendre et, en face, au sein de sa famille - beaucoup moins noble qu'elle - un monde clos, petit, portant du fruit comme une branche d'arbre sec, et enfermé dans mille ans d'histoire et de protocole rigide et lourd.

Pourtant, le coeur de cette femme va semble t-il, commencer à fondre comme de la glace. Pour les uns, c'est sincère, pour les autres c'est feint... Peut être n'est-ce ni l'un ni l'autre, ou bien les deux à la fois, et Stephen Frears nous manipule.... Je ne sais plus très bien, mais ce que je sais maintenant, c'est que j'aime un peu plus, sans la connaître, cette femme incroyable qu'est Elizabeth II, the Queen of the United Kingdom and all the other Commonwealth realms.

21 octobre 2006

Le pressentiment


Film intéressant bien qu'insatisfaisant : plutôt photographique, statique et lent, que vif et animé, ce n'est pas de la haute-tension, mais c'est techniquement bien fait, dévoilant avec une belle caméra, un Paris plein de poésie, parfois c'est beau mais un peu long, - comme ce plan en caméra subjective sur des pigeons occupés par un bout de pain et dont un moteur de voiture va arrêter subitement la rêverie - il apprend toutefois beaucoup sur la difficulté des relations humaines et notamment sur les préjugés des uns et des autres.

On redécouvre combien derrière ces visages que l'on croise tous les jours peut exister autant de différences et d'incompréhensions, combien d'une classe sociale à l'autre il peut exister de cloisonnements, d'univers divergents.

Bon ici, la description des classes frise un peu la caricature mais on retrouve bien l'escalier du mépris d'une marche à l'autre de la hiérarchie sociale.

Les histoires mettant en scène le choc culturel produit entre deux classes sociales sont toujours intéressantes. En partie parce qu'elles s'attachent à mettre en évidence les différences. Mais elles deviennent beaucoup plus profondes, et même souvent sublimes, lorsqu'elles montrent aussi les convergences, les transcendances intersociales, car alors on se situe dans l'universel, la matière même des grands films.

Peut être qu'en choisissant le roman homonyme d'Emmanuel Bove, notre ami Daroussin-réalisateur s'est plus occupé du sentiment existentiel du personnage principal : "Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel Bove est la manière dont on ne parvient pas à comprendre, à maîtriser son existence."

A mon avis, c'est cet égocentrisme philosophique du point de vue, ce focus mis sur un seul individu dont l'histoire n'est pas si interessante que ça, mais qui est le thème choisi par le roman-film, et qui rabaisse finalement tout le contexte, tous ces gens autour de lui, à un pretexte au propos. D'ailleurs, si propos philosophique il y a, il reste assez confus. C'est dommage, car l'histoire ne se transcende pas, elle ne se laisse pas traverser par l'universel alors qu'à travers tous ces personnages, il aurait pu se passer quelque chose.

Ca reste un beau film, portraitiste, et même poétique, mais dont le sens n'est pas immédiatement accessible à chacun et qui à cause de ça reste théorique, un trait un peu malheureux à mon avis, mais bien connu du cinéma français.


17 octobre 2006

Little Miss Sunshine



Dans la série : ‘un américain se moque gentiment des américains’, le coup est assez réussi et à ce titre, je propose de regarder ce film, ce road-movie, comme une allégorie rigolote de l’Amérique en marche. Une Amérique intéressante et méconnue, qui ne fonctionne pas très bien, une Amérique un peu déglinguée, à l’image de ce van Volkswagen un peu usé et souffreteux, conduit par un vrai américain, sincère et naïf, aux théories imbéciles sur la vie, un peu comme peut l'être aussi parfois l’Amérique, quand elle se laisse conduire par ce genre d’idéologies inconsistantes basées sur une compétition débile à la réussite et au succès à tout prix.

‘Comment Réussir sa vie en 9 points.’ Voilà le genre d’inepties qu’écrit notre père de famille et conducteur de van. Mélange de théories réunissant des concepts épars de foi en soi, de méthode 'Coué' et de témérité aveugle. Mais le pire c’est qu’il y croit et qu’il veut convertir sa petite famille. Arrogance de cet idiot prétentieux qui dicte le bien et le mal, que personne ne prend au sérieux mais que tout le monde feint de croire sous la menace d’être peut être soi-même un ‘looser’ (va savoir et s'il avait raison...).

Dans le van, à ses côtés une humanité pleine d’illusions et de 'loose'. Tous ont un peu raté, un peu échoué. En vrac : le grand père, un vieil obsédé sexuel qui se plaint de sa vie ratée, des enfants qui croient dur comme fer à leurs illusions et qu'ils ne vont pas tarder à perdre, un oncle taciturne et suicidaire et une mère admirable mais qui regarde tout ça en pleurant. Et bien évidemment, à leur tête, le roi des 'loosers' : Mister « I am a winner» .

Mais continuons dans l’analogie : L’Amérique, clopin-clopant - clopinant finalement comme tout le monde - mais conduite par des arrogants qui tiennent un discours prétentieux, est en route. Et ou va donc cette Amérique mal emboutie et menteuse sur elle-même ? Vers quel rêve, quelle conquête se dirigent tous ces espoirs ?

A un concours de beauté organisé à deux jours de route, en Californie, où la petite Olive, la petite de la famille, une gamine d’une douzaine d’années, dont la beauté physique n’est pas évidente, rêve pourtant de participer.

Aïe aïe aïe, voilà un cas d’école délicat pour le maître en méthode 'Coué'.

C’est pourtant une perle d’innocence, cette petite, un véritable composé de fraîcheur et d’intelligence : le genre qui lève ses yeux et vous regarde d'en bas, visse son regard dans vos yeux, et de derrière les carreaux de ses lunettes immenses, vous pose une question direct-upercut qui ferait dire la vérité au plus grand des menteurs.

Quant au concours de beauté en question, il est plutôt corsé. Ou plutôt corseté. Dans le genre « cul-cul la praline » on fait difficilement mieux. C’est le paradis californien de quelques hideuses bonnes femmes à bigoudis qui se servent de jolies petites fillettes, qu’elles transforment et coiffent à leur image. Elles jouent à la poupée. C’est le summum du vide sidéral, de la fadeur nombriliste et du mauvais goût. Pendant que les fillettes font la pose, un animateur au sourire-dentifrice chante – mal - un cantique sirupeux dans le genre : "Dieu bénit l'Amérique et répands sur elle ses bienfaits" à la gloire et au bénéfice d'une Amérique plus égoïste et hautaine que soucieuse de la bénédiction du monde .

Serait ce donc cela le rêve de ces américains ? Le but allégorique de ce voyage ? Une Amérique vide de sens qui fait son show, fardée et dégoulinante d’autosatisfaction et d'égocentrisme, remplie de riches retraités pleins d'ennui, aux loisirs insipides, fort occupés à élire une poupée Barbie, une Amérique gouvernée par des fonds de pension et dont ces américains moyens, nouveaux riches sans goût, sans imagination, et sans élégance seraient les rois ?

Non, non, non ! Notre famille si déjantée, si politiquement incorrect et si sympathique, ne pouvait que faire demi-tour, ouvrir ses yeux et revenir à son bon sens, là bas en Albuquerque, dans le pays des gens simples et authentiques, ayant vécu là trop de désillusions libératrices dans cette formidable aventure !!



30 septembre 2006

Je vais bien, ne t'en fais pas



Exceptionnelle dans ce film où elle tient le premier rôle, Mélanie Laurent mèle à l'efficacité d'un jeu d'acteur impeccable, sa mélancolie de jeune adulte et son joli caractère, mélange d'intelligence et de grandeur d'âme. Elle est remarquable de justesse dans son personnage de Lili, cette jeune fille révoltée contre la passivité et le silence insupportables de ses parents devant la disparition de son frère jumeau Loïc.

En effet, rentrée d'un voyage à Barcelone, elle découvre l'absence de son frère de la maison familiale, et ses parents, incarnés par Isabelle Renauld et Kad Merad lui apprennent qu'il a fugué suite à une dispute avec son père. Mais voilà, ils ne se bougent pas plus que ça pour le rechercher.

Il faut dire, et bravo Kad, que le père en question ne sourit pas tous les jours. C'est lourd comme de la tristesse. Peut être est-ce la petitesse de sa vie d'employé de bureau pragmatique qui le rend amer ? Ce genre de type irréprochable quant à ses devoirs familiaux, bon père se sacrifiant pour les siens, mais pas vraiment expert en communication. Les repas sont lourds, il ne décroche pas un mot, son visage fermé reflète insatisfaction et frustration, et le regard fuyant, une susceptibilité à fleur de peau devant le sentiment de sa propre médiocrité. Est-ce un 'looser'? En effet,rien de tel, pour énerver un adolescent - surtout un garçon - que de découvrir que son père est un 'looser'. Peut être. En tout cas s'il en est un, on attendra la fin du film pour lui donner une mention spéciale.

Portrait d'une famille bien banale finalement, s'il n'y avait cette fugue. Lili en perd sa santé, et sa vie n'a plus de sens. Elle veut comprendre ce qui s'est réellement passé entre son père et son frère et elle part alors à sa recherche. Cette quête va lui amener quelques surprises.

Belle histoire, qui touche au coeur, et que Philippe Lioret, le réalisateur, a retranscrit du roman avec beaucoup de talent et de subtilité.

A noter également, un Julien Boisselier comme on l'aime, tout en petites touches, tout en finesse et émotion, à l'image de ce film et de tous ces acteurs qui non seulement ont tout compris aux personnages qu'ils incarnent, mais au delà de ce film, ont tout compris à ce génialissime métier d'acteur.



09 septembre 2006

chez F.O.G.

Tiens, avec les nouvelles dispositions que France Télévision a pris avec ses animateurs, nous retrouvons une grille de rentrée un peu chamboulée : mais également un contenu un peu désépaissi : 'chez F.O.G' est un peu décevant comparé à 'Cultures et Dépendances' : exit le débat musclé entre auteurs, exit les bons chroniqueurs. Début de campagne oblige : aurait on affaire à un plateau politique et à une littérature-alibi ?

19h samedi 9 Septembre sur France 5. Pour cette première émission, F.O.G. (Frantz Olivier Giesbert) avait invité sur son plateau François Bayrou. Face à lui, trois personnages, ayant en commun d'écrire des livres 'politiques' et qui en acceptant l'offre de F.O.G de participer à un débat, étaient plutôt venus faire leur promo-télé sous pretexte de. Car de débat, il n'y en a pas eu vraiment.

D'abord notre ami Jean François Kahn, intellectuel passionné et passionnant, mais produisant un ènième bouquin sur les élites (c'est incroyable ce que les élites parlent d'elles mêmes, même si modestement et adroitement elles ne s'incluent pas dans ce titre).

Je me demande d'ailleurs si finalement écrire des choses intelligentes sur ces gens qui nous gouvernent, ce ne serait pas un peu faire du 'Voici' d'intellos. Un 'Voici' dont les pamphlets remplaceraient les images. Sur le principe finalement du "hé les nains, regardez comment vivent les grands" mais avec ici en plus la démagogie de faire croire aux nains en question qu'ils n'en sont point... Pardon J.F.K-bis, je n'ai pas encore lu votre bouquin et franchement mes mots dépassent ma pensée.

En fait vous me plaisez beaucoup, Mister Kahn, j'adore vos indignations et surtout, votre faconde : Vous battez je pense un record de débit de mots et d'idées à la seconde, une vitesse de micro-processeur hallucinante derrière ce front immense, surplombant un visage expressif comme c'est pas permis, avec toujours cette tournure d'esprit ironique et goguenarde qui vous donne la bouche hilare et l'oeil pétillant, mais ce n'est là que le feu d'étincelles nourri du pétard pas du tout mouillé du propos explosif sous-jacent; pas mouillé disais-je, malgré parfois les quelques postillonnances dûes au débit de mots et d'idées sus-cité.

(voilà, je vous l'ai fait à la JFK-bis et comme lui, à la fin de ses tirades, j'ai un grand sourire en ce moment qui me traverse la tronche).

En deuxième, parité oblige, Faïza Guène, une charmante et agréable jeune fille dont j'apprécie le propos : "Mes parents sont d'Oran. Je dis tout le temps que je suis algérienne même si je suis née ici." et qui publie son deuxième roman "Du rêve pour les oufs" chez Hachette Littératures. C'est un brin de fraicheur et de charme. Entre les deux intellos qui l'entourent, son propos est simple, clair. Une jeune fille qu'on a l'occasion de voir ici ou là sur les plateaux télé , et qui brille par son intelligence et son humilité. Mais quand on est femme , faut se battre deux fois plus : même Bayrou le gentleman n'arrêtait pas de lui couper la parole.

A sa gauche, un troisième et dernier personnage, dont j'ai oublié le nom, auteur d'un roman de politique fiction, déjà aperçu quelque part, portant des lunettes noires dans un studio TV sans soleil, un peu inquiétant dans ses propos et engoncé dans des affirmations définitives et extrèmes, le genre : violence à fleur de peau, et qui a failli quitter le plateau quand notre ami J.F.K-bis a eu le malheur de le traiter de faschiste. Aïe aïe aïe. Le monsieur l'a très mal pris et vu la dizaine de fois où il en a reparlé on peut penser qu'il a eu du mal à encaisser. Il a même fait des menaces à un JFKb qui a commencé à se demander s'il n'avait pas raté l'occasion de se taire.

Le propos de JFKb soulignait seulement un léger petit défaut comportemental : vous savez, ce genre de gars qui vous interrompt tous les deux mots pour vous maudire si vous ne pensez pas comme lui ou bien, pire encore : vous bénir si vous pensez comme lui.

François Beyrou d'ailleurs, un peu plus diplomate, a senti venir le coco et a pas trop mal géré, il s'est fait bénir, l'autre maudire, et FOG en polémiste goguenard, rire en coin, buvait du petit lait.

Ouais, j'ai cru revoir du Polac ou même du De-Chavannes, vous savez ce petit moment de bonheur chez vous quand vous n'en croyez pas vos yeux de voir la télé pendant un moment flageoler sur ses jambes. Oh ça dure pas longtemps, mais c'est un petit bonheur de voir la télé moins lisse. C'est si rare.

J'ai ri aussi quand FOG a engueulé JFKb parce qu'il a exprimé une idée supérieure aux 15 secondes réglementaires : il le connait pas ou quoi ? Il l'interrompt et lui dit un truc du genre : "oh lui eh, il répond même pas à ma question, il est rien qu'en train de vendre son bouquin" l'autre interloqué : "oh hé même pas vrai". J'ai cru qu'on allait en venir aux mains : Du De-Chavannes aux grands soirs des mardi qui décoiffaient.

Sinon faut parler quand même de François Beyrou, mais bon, je l'ai trouvé égal à lui même. Un parlementaire, interviewé en début d'émission, et dont je ne me souviens plus du nom, le comparait à un kangourou. Le kangouBeyrou. Serait-ce parce qu'il bondit de droite à gauche ? boiiing à droite : paf! un petit coup de poing à Monsieur Sarkozi, boiiinnng à gauche : paf! et un petit autre à Madame Royale.

Mesdames Messieurs, les indécis et les "à-qui-on-la-fait-pas-du-Sarko-Ségo" vous avez là quelqu'un qui pense, à mon avis un peu présomptieusement, incarner le Centre. Une nouvelle utopie d'honneteté et de moralité face aux grands méchants pas gentils de droite et de gauche. Paraitrait même qu'ils s'entendent pour gouverner chacun à son tour. (A ouais, Monsieur Beyrou, nos urnes seraient truquées ?) C'est dingue comme le discours, quand il frôle la démagogie poujadiste, finit par ressembler aux discours des deux extrèmes.

28 août 2006

Volver

C'est le vent d'Est. Celui qui fait avancer toutes seules dans un vacarme épouvantable, les poubelles à roulettes dans les rues désertes et sombres de ce village de Castille, et qui rend fou les habitants de la Mancha et ce, depuis bien longtemps, puisqu'un certain "timbré" célèbre vivait déjà là, parmi les moulins de l'époque.

De Cervantès à Elmodovar, les "cinglés" comme les moulins, sont toujours là mais font beaucoup moins rire. Ces cinglés là dont je parle, mâles plus bestiaux que humains, n'hésitent pas à écraser la beauté fragile du monde avec leurs grosses godasses de pervers, pauvres hères égoïstes et violents, ivrognes et incapables, qui ne savent que détruire et abîmer, saborder des bateaux, des destins, avec, et comme toujours à l'arrivée, pour écoper les navires, les femmes.

Formidables et merveilleuses dans leur lutte infatigable pour la vie, qu'elles soient grand-mères, mères ou filles, elles sont là, et quand un homme qui sait les comprendre et les aimer comme Pedro Elmodovar, les attrape dans ses filets, on part dans l'enchantement et la très grande émotion. C'est du Mozart.

Alors attention, les mâles. Nous ne sommes pas des héros dans ce film. C'est simple ici, les hommes ont autant de présence et de poids qu'une bulle de savon, autant de force et d'épaisseur qu'un papier de bonbon. En quelque sorte ils sont là quand on a pas besoin d'eux, à forcer des corps qui résistent aux leurs, et ils ne sont pas là quand on a besoin d'eux. Quand il s'agit de porter, de soutenir, de travailler, de défendre, pfuiiit! : la bulle de savon éclate : le papier s'envole : il n'y a plus personne, enfin... à part les femmes qui assurent pour deux, pour quatre, pour dix.


Elles ne se plaignent pas. Elles avancent. Chacune à sa manière. Elles sont soeurs, filles, mères, tantes, amies et trop de secrets de famille, de blessures, de vieux tabous et de mensonges ont épaissi leur peau.

Quand soudain, dans le clair-obscur du quotidien difficile de ces espagnoles, émerge alors une vérité, qui en aurait eu marre d'être enfermée depuis si longtemps, et qui se déciderait enfin à venir renverser le cours des choses.

Une histoire émouvante et drôle commence alors à se dessiner, petit à petit, dans un scénario habile et un film parfaitement gradué.

On s'attache alors à ces femmes courageuses, guidées par leur instinct, qui, même si elles tuaient, le feraient pour la vie mais je ne crois pas, vraiment pas, qu'il existe en ce bas monde, un tribunal qui puisse comprendre cela.