21 octobre 2006

Le pressentiment


Film intéressant bien qu'insatisfaisant : plutôt photographique, statique et lent, que vif et animé, ce n'est pas de la haute-tension, mais c'est techniquement bien fait, dévoilant avec une belle caméra, un Paris plein de poésie, parfois c'est beau mais un peu long, - comme ce plan en caméra subjective sur des pigeons occupés par un bout de pain et dont un moteur de voiture va arrêter subitement la rêverie - il apprend toutefois beaucoup sur la difficulté des relations humaines et notamment sur les préjugés des uns et des autres.

On redécouvre combien derrière ces visages que l'on croise tous les jours peut exister autant de différences et d'incompréhensions, combien d'une classe sociale à l'autre il peut exister de cloisonnements, d'univers divergents.

Bon ici, la description des classes frise un peu la caricature mais on retrouve bien l'escalier du mépris d'une marche à l'autre de la hiérarchie sociale.

Les histoires mettant en scène le choc culturel produit entre deux classes sociales sont toujours intéressantes. En partie parce qu'elles s'attachent à mettre en évidence les différences. Mais elles deviennent beaucoup plus profondes, et même souvent sublimes, lorsqu'elles montrent aussi les convergences, les transcendances intersociales, car alors on se situe dans l'universel, la matière même des grands films.

Peut être qu'en choisissant le roman homonyme d'Emmanuel Bove, notre ami Daroussin-réalisateur s'est plus occupé du sentiment existentiel du personnage principal : "Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel Bove est la manière dont on ne parvient pas à comprendre, à maîtriser son existence."

A mon avis, c'est cet égocentrisme philosophique du point de vue, ce focus mis sur un seul individu dont l'histoire n'est pas si interessante que ça, mais qui est le thème choisi par le roman-film, et qui rabaisse finalement tout le contexte, tous ces gens autour de lui, à un pretexte au propos. D'ailleurs, si propos philosophique il y a, il reste assez confus. C'est dommage, car l'histoire ne se transcende pas, elle ne se laisse pas traverser par l'universel alors qu'à travers tous ces personnages, il aurait pu se passer quelque chose.

Ca reste un beau film, portraitiste, et même poétique, mais dont le sens n'est pas immédiatement accessible à chacun et qui à cause de ça reste théorique, un trait un peu malheureux à mon avis, mais bien connu du cinéma français.


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