19 août 2006

Changement d'adresse


A la fois réalisateur et acteur, Emmanuel Mouret se montre ici au travers d'un rôle de grand timide maladroit dans un film rempli de fraicheur et de pudeur autour du sentiment amoureux. C'est un peu un retour de ces rôles doux-amers d'amoureux-malheureux merveilleusement interprétés par Fernandel mais actualisés dans une époque plus compliquée où par exemple, une colocation à priori 'neutre' entre un garçon et une fille ne fait plus broncher personne.

Quel bonheur de retrouver dans le rôle de la co-locataire, la géniallissime Frédérique Bel qu'une simple minute - fut-elle blonde - ne pouvait suffire à contenir. Je pensais toutefois qu'elle profiterait d'un film d'auteur comme celui-ci pour s'echapper de ce personnnage succulent mais un peu réducteur, mais c'est avec bonheur, j'avoue, que j'ai dégusté ici quelques unes de ses tirades lumineuses dignes de ses interviews 'made in Canal+'. Son personnage ici est intelligemment interprété, celui d' une jeune femme ambigue sur ses sentiments, qui vit, presque schizophrène, à la fois dans un rêve et dans la réalité. Cela rend le rôle complexe et elle arrive parfaitement à exprimer ce paradoxe, dans la justesse d'un regard, par exemple, fut-il rapide et bref.

Pendant ce temps, E. Mouret peint entre lui même et Danny Briant, et avec beaucoup de lucidité, deux personnages d'hommes complétement opposés, un dominé et un dominant. Chacun dans son excès irrite à souhait et cela donne parfois de furieuses envies de donner des claques. Entre les deux, une timide jeune femme incarnée par Fanny Valette qui va vivre une histoire d'amour-passion un peu improbable avec ce personnage de Danny Briant en même temps qu'une rencontre plus sereine avec celui de E. Mouret, personnage agréable et charmant mais qui a l'air de s'épanouir à souhait dans ce territoire un peu ambigu, là bas, quelque part à la frontière de la bêtise et de la gentillesse.

E. Mouret nous livre ici un film profond sans être chiant, pudique sans être pudibond, sensé sans être moral , drôle et fin, surtout dans cette manière de mettre à nu cette relation totalement factice de co-location entres hétéros pseudo-assexués et qui portée plus loin, 'déshabille' avec humour, un peu à la manière d'un Woody Allen, la complexité du rapport amoureux.

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