On n'est pas couché...
Cette émission porte bien son nom et moi je la traiterais volontiers d'étouffe-chrétien' car 'qui se couche tard le samedi soir rate le tocsin le dimanche matin'. Comprendra qui voudra....
Laurent Ruquier, qui a remplacé Thierry Ardisson pour animer cette émission, me fait personnellement penser à Philippe Bouvard, dont je pense qu'il est le digne successeur, bien qu'à mon avis, il préférerait qu'on le compare à Sacha Guitry. Pourtant de Mr Bouvard, je lui prédis la même longévité médiatique. Avec des hauts et des bas, car ce genre de personnage peut beaucoup plaire mais également beaucoup lasser. Ils ont également en commun une solidité dans la durée, une sorte d'opiniatreté dont je pense que c'est là une de ces qualités paysannes qu'on pressent ataviques chez ces faux-parisiens. Si c'étaient des rameurs, ils ne feraient pas des grandes avancées à chaque coup, mais par petits coups et beaucoup de persévérance ils arriveraient à placer leur barque où ils le veulent.
Je crois qu'il y a entre eux beaucoup de ressemblance. A commencer par leur amour insupportable du jeu de mot, mais aussi d'un solide sens de la répartie, ainsi que de leur capacité incontestable à animer un groupe d'amis autour d'une table, appelés chroniqueurs quand cette table est sous des projecteurs. Mais au delà, de ces atouts en main, je pressens comme une sorte de complexe provincial indécrottable. Je connais moins Bouvard, mais je me souviens des débuts de Ruquier arrivant à Paris : en quelques mois il s'était déguisé en parisien. Je ne m'avancerai pas, mais j'ai parfois l'impression que même son homosexualité, dont il aime coquettement faire allusion, fait partie de la panoplie.
Autre point : devrait on lui dire qu'on avait compris que l'émission est enregistrée à l'avance et qu'il devrait arrêter cette comédie complètement dépassée de mentir à l'écran sur la date du jour... ? Je suis d'autant plus étonné de cet archaïsme là, que justement ici, on a affaire à une émission de promotion qui ne cire pas les pompes des invités, et qui donc ne prend pas les téléspectateurs pour des imbéciles.
Eric Zemmour a une analyse originale et profonde, particulièrement dans son domaine, l'histoire politique de la France. Il évite les poncifs et aime expliquer ce qu'il a lui même compris. Je crois même que ce trait particulier, cette faculté pédagogique d'expliquer plutôt que d'affirmer ce qu'il énonce, est importante dans la psychologie du personnage. C'est un prof dans l'âme en quelque sorte. Un bon prof qui ne pourrait pas dire une phrase sans l'avoir lui même parfaitement comprise. Ce qui le dessert parfois car ses explications sont souvent à contre temps et inattendues, perturbantes et non conformes aux affirmations courantes et aux divers lieux communs de la pensée unique ou partisane, elles brillent par leur pertinence, sont souvent techniques et analysées en profondeur, avec la perspective permanente de l'histoire.
Forcément avec ce degré de finesse, il dépasse les clivages de la pensée préfabriquée, et il est quasiment 'obligé' de heurter un interlocuteur assis sur des présupposés. Pour le contradicteur, ça peut devenir vite l'heure de vérité car la pensée toute faite se brise toujours contre l'analyse et l'étude.
Sur le plan des convictions, il a une assise qu'on appelle 'réactionnaire' mais il est la preuve vivante que ce mot ne veux plus rien dire depuis que son sens s'est figé négativement dans un conservatisme de droite poussiéreux : car la réactivité intellectuelle est plutôt une forme d'intelligence sauf quand elle est réduite à un simple réflexe pavlovien, et ce, bien entendu, quelque soient les convictions personnelles.
Son défaut ? A mon avis c'est celui de sa qualité : Comme il s'appuie plus sur le bon-sens que les affirmations toutes faites, il présume trop que son interlocuteur ait suffisement de bonne foi pour le comprendre.
On se souvient de Cali qui malgré son joli minois, sa gentillesse et sa jolie voix n'a pas pu tenir longtemps tellement ce chanteur est apparu pétri de 'politiquement correct'. Le gentil garçon a commencé à avoir la gentillesse qui craquelle devant la critique et n'a trouvé pour se défendre que de déchirer les notes écrites du chroniqueur : quel aveu de faiblesse ! C'est petit, même si derrière, L. Ruquier a essayé de lui sauver la face en présentant ce déchirement de papiers à travers le plateau comme un nuage de papillons et comme une belle poésie du chanteur.
Eric Nolleau énerve. Vous savez, quand il regarde son interlocuteur avec ce regard perdu devant tant de néant et de désolation et que, de sa bouche à peine entrouverte - car vaut il la peine même d'ouvrir sa bouche ? - s'echappe alors un "... c'est consternant...." . On soupçonnerait presque à travers ce léger rictus, une pointe de jouissance sadique à 'se faire l'invité' devant tant de spectacteurs. Combien en face de lui, se sont énervés à ce moment précis : là. Et on les comprend. Et pourtant cet Eric Nolleau a de l'argument. Je l'ai connu sur Paris Première, chroniqueur dans l'émission 'Ca balance à Paris' où ses critiques sont souvent justes et décapantes. C'est vrai qu'il râpe et asticote souvent là où ça fait mal.
Je prends sa défense et celle des bons critiques avec lui. C'est vrai, zut : on n'accuse pas la brosse à récurer d'être en métal ni le rabot d'avoir une lame. Car on attends d'eux exactement ce qu'ils apportent. Or la critique, tel un outil, certes qu'il faut savoir manier, est une manière de confronter l'artiste ou l'écrivain qui par principe, "prétend" apporter quelque chose à la société. Or on a tout à fait le droit de soumettre la "prétention" de quelqu'un, au feu de la critique de quelqu'un d'autre, qui par sa pointe, s'il en a, peut décaper mensonges, facilités ou autres faux semblants. C'est de bonne règle si tant est que le critique est aussi de bonne foi. On se souvient qu'à sa place, quelques mois plus tôt, un autre critique, Michel Polac, avait maltraité Daniela Lumbroso de manière tout à fait lamentable et scandaleuse. Il avait démontré là ce que c'est qu'un mauvais critique, haineux et contrarié d'avoir simplement été confronté loyalement à lui même, je n'en dirais pas plus par égard pour ce vieillard poussiéreux et aigri.
Emission de promotion d'artistes avant tout, ce n'est certainement pas tout. On y voit autant de politiciens que d'artistes, intellectuels ou écrivains. Cela donne parfois des ratés, notament quand le politique veut faire l'artiste ou l'inverse, le mélange des genres n'est pas toujours de bon goût. Et pourtant, alors qu'on réduirait cette émission au seul titre un peu méprisant, d'émission d'amusement ou d'entertainment, on se tromperait à mon avis, car on y entend , sur fond d'amusement agréable certes, des débats et des analyses d'excellente qualité.
Laurent Ruquier, ici, a trouvé sa place, entre l'animateur que j'adorais sur 'Paris Première' où il animait la génialissime émission : 'Ca balance à Paris', où il était bien entouré, lui même empathique et sérieux, et le bateleur, l'amuseur aux jeux de mots de France2 et d'Europe 1, que j'aime moins mais qui ici a trouvé bel endroit où amener sa barque.
Laurent Ruquier, qui a remplacé Thierry Ardisson pour animer cette émission, me fait personnellement penser à Philippe Bouvard, dont je pense qu'il est le digne successeur, bien qu'à mon avis, il préférerait qu'on le compare à Sacha Guitry. Pourtant de Mr Bouvard, je lui prédis la même longévité médiatique. Avec des hauts et des bas, car ce genre de personnage peut beaucoup plaire mais également beaucoup lasser. Ils ont également en commun une solidité dans la durée, une sorte d'opiniatreté dont je pense que c'est là une de ces qualités paysannes qu'on pressent ataviques chez ces faux-parisiens. Si c'étaient des rameurs, ils ne feraient pas des grandes avancées à chaque coup, mais par petits coups et beaucoup de persévérance ils arriveraient à placer leur barque où ils le veulent.Je crois qu'il y a entre eux beaucoup de ressemblance. A commencer par leur amour insupportable du jeu de mot, mais aussi d'un solide sens de la répartie, ainsi que de leur capacité incontestable à animer un groupe d'amis autour d'une table, appelés chroniqueurs quand cette table est sous des projecteurs. Mais au delà, de ces atouts en main, je pressens comme une sorte de complexe provincial indécrottable. Je connais moins Bouvard, mais je me souviens des débuts de Ruquier arrivant à Paris : en quelques mois il s'était déguisé en parisien. Je ne m'avancerai pas, mais j'ai parfois l'impression que même son homosexualité, dont il aime coquettement faire allusion, fait partie de la panoplie.
Autre point : devrait on lui dire qu'on avait compris que l'émission est enregistrée à l'avance et qu'il devrait arrêter cette comédie complètement dépassée de mentir à l'écran sur la date du jour... ? Je suis d'autant plus étonné de cet archaïsme là, que justement ici, on a affaire à une émission de promotion qui ne cire pas les pompes des invités, et qui donc ne prend pas les téléspectateurs pour des imbéciles.
Eric Zemmour a une analyse originale et profonde, particulièrement dans son domaine, l'histoire politique de la France. Il évite les poncifs et aime expliquer ce qu'il a lui même compris. Je crois même que ce trait particulier, cette faculté pédagogique d'expliquer plutôt que d'affirmer ce qu'il énonce, est importante dans la psychologie du personnage. C'est un prof dans l'âme en quelque sorte. Un bon prof qui ne pourrait pas dire une phrase sans l'avoir lui même parfaitement comprise. Ce qui le dessert parfois car ses explications sont souvent à contre temps et inattendues, perturbantes et non conformes aux affirmations courantes et aux divers lieux communs de la pensée unique ou partisane, elles brillent par leur pertinence, sont souvent techniques et analysées en profondeur, avec la perspective permanente de l'histoire.Forcément avec ce degré de finesse, il dépasse les clivages de la pensée préfabriquée, et il est quasiment 'obligé' de heurter un interlocuteur assis sur des présupposés. Pour le contradicteur, ça peut devenir vite l'heure de vérité car la pensée toute faite se brise toujours contre l'analyse et l'étude.
Sur le plan des convictions, il a une assise qu'on appelle 'réactionnaire' mais il est la preuve vivante que ce mot ne veux plus rien dire depuis que son sens s'est figé négativement dans un conservatisme de droite poussiéreux : car la réactivité intellectuelle est plutôt une forme d'intelligence sauf quand elle est réduite à un simple réflexe pavlovien, et ce, bien entendu, quelque soient les convictions personnelles.
Son défaut ? A mon avis c'est celui de sa qualité : Comme il s'appuie plus sur le bon-sens que les affirmations toutes faites, il présume trop que son interlocuteur ait suffisement de bonne foi pour le comprendre.
On se souvient de Cali qui malgré son joli minois, sa gentillesse et sa jolie voix n'a pas pu tenir longtemps tellement ce chanteur est apparu pétri de 'politiquement correct'. Le gentil garçon a commencé à avoir la gentillesse qui craquelle devant la critique et n'a trouvé pour se défendre que de déchirer les notes écrites du chroniqueur : quel aveu de faiblesse ! C'est petit, même si derrière, L. Ruquier a essayé de lui sauver la face en présentant ce déchirement de papiers à travers le plateau comme un nuage de papillons et comme une belle poésie du chanteur.
Eric Nolleau énerve. Vous savez, quand il regarde son interlocuteur avec ce regard perdu devant tant de néant et de désolation et que, de sa bouche à peine entrouverte - car vaut il la peine même d'ouvrir sa bouche ? - s'echappe alors un "... c'est consternant...." . On soupçonnerait presque à travers ce léger rictus, une pointe de jouissance sadique à 'se faire l'invité' devant tant de spectacteurs. Combien en face de lui, se sont énervés à ce moment précis : là. Et on les comprend. Et pourtant cet Eric Nolleau a de l'argument. Je l'ai connu sur Paris Première, chroniqueur dans l'émission 'Ca balance à Paris' où ses critiques sont souvent justes et décapantes. C'est vrai qu'il râpe et asticote souvent là où ça fait mal.Je prends sa défense et celle des bons critiques avec lui. C'est vrai, zut : on n'accuse pas la brosse à récurer d'être en métal ni le rabot d'avoir une lame. Car on attends d'eux exactement ce qu'ils apportent. Or la critique, tel un outil, certes qu'il faut savoir manier, est une manière de confronter l'artiste ou l'écrivain qui par principe, "prétend" apporter quelque chose à la société. Or on a tout à fait le droit de soumettre la "prétention" de quelqu'un, au feu de la critique de quelqu'un d'autre, qui par sa pointe, s'il en a, peut décaper mensonges, facilités ou autres faux semblants. C'est de bonne règle si tant est que le critique est aussi de bonne foi. On se souvient qu'à sa place, quelques mois plus tôt, un autre critique, Michel Polac, avait maltraité Daniela Lumbroso de manière tout à fait lamentable et scandaleuse. Il avait démontré là ce que c'est qu'un mauvais critique, haineux et contrarié d'avoir simplement été confronté loyalement à lui même, je n'en dirais pas plus par égard pour ce vieillard poussiéreux et aigri.
Emission de promotion d'artistes avant tout, ce n'est certainement pas tout. On y voit autant de politiciens que d'artistes, intellectuels ou écrivains. Cela donne parfois des ratés, notament quand le politique veut faire l'artiste ou l'inverse, le mélange des genres n'est pas toujours de bon goût. Et pourtant, alors qu'on réduirait cette émission au seul titre un peu méprisant, d'émission d'amusement ou d'entertainment, on se tromperait à mon avis, car on y entend , sur fond d'amusement agréable certes, des débats et des analyses d'excellente qualité.
Laurent Ruquier, ici, a trouvé sa place, entre l'animateur que j'adorais sur 'Paris Première' où il animait la génialissime émission : 'Ca balance à Paris', où il était bien entouré, lui même empathique et sérieux, et le bateleur, l'amuseur aux jeux de mots de France2 et d'Europe 1, que j'aime moins mais qui ici a trouvé bel endroit où amener sa barque.

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