04 février 2007

Molière

Ce film 'en costumes', fait partie de ces films qui ne se bornent pas à montrer l'histoire comme on la connaît déjà, mais cherche à explorer les zones méconnues, les thèses qui circulent. Certes, son réalisateur, tel un boulanger cherchant à rendre son pain comestible, va mélanger à la pâte de l'histoire, un peu de romance, ajouter au récit de l'historien, la saveur et la finesse de la psychologie des hommes, un peu comme le fit par exemple, Milos Forman avec Amadeus.

'Molière' est d'une très grande qualité par cette originalité scénaristique,mais aussi par sa réalisation léchée et son casting : du tonnerre !

Le film tire parti d'une période mystérieuse de la vie de Jean Baptiste Poquelin, quand en 1645, le jeune comédien disparaissait de la circulation aprés avoir été emprisonné pour ses dettes à la prison-forteresse du Chatelêt. Une période d'à peu près une année, après quoi, il sera revu, en tant que comédien itinérant, avec sa troupe théatrale en tournée à travers les villages de France et de Navarre.

Que s'est il donc passé pendant cette année là ? Personne ne le sait, et le film s'amuse, et nous avec lui, à apporter une réponse originale, intéressante et remplie d'aventures drôlatiques et de personnages fabuleux.

Mais plutôt que les personnages, parlons un peu des acteurs qui les incarnent.

D'abord il faut parler de Fabrice Luchini, dans un rôle - à contre emploi, je vous l'accorde - d'imbécile parfait, mais qui lui va comme un gant. J'en suis un peu désolé, mais Monsieur Luchini, malgré votre brillance, votre verbe, vos apartés charismatiques, votre verve fougueuse et vos élans passionnés, vous êtes un excellent et un sublime Monsieur Jourdain. Et je vous rend hommage en disant cela, car vous arrivez, d'un pauvre petit bourgeois nouveau riche, mesquin, fat et insipide à souhait, à tirer pourtant quelque panache.

Et que dire de la sublimissime Laura Morante ? Quelle femme ! Quelle beauté ! Quelle classe ! Quel rôle aussi, si impeccablement interprété. Pour ceux qui, par chez nous, méconnaissent cette actrice italienne, courrez voir sans tarder ce film, rien que pour elle, il mérite d'être vu.

Quant à notre ami Edouard Baer, il semble à son aise en aristo désabusé, à la fois rusé, escroc, et surtout bonimenteur comme on le connait.

A noter également une Ludivine Sagnier en Célimène, femme du monde, amie de la culture et des arts, éblouissant les beaux salons et amusants les baronnes, de ses mots, de ses traits et de ses piques.

C'est donc au milieu de ce petit monde qu'on retrouve Romain Duris, jeune homme aux cheveux longs et au regard noir, cherchant sa voie au travers de cette aventure, et qui finira par trouver du sens en enseignant l'authenticité et l'honneur alors qu'on l'invitait à enseigner la comédie, et le mensonge.

On retrouve ici le panache et l'honneur, les valeurs aristocratiques du 17ème siècle. On pense un peu au film "Ridicule" de Patrice Leconte, cette reconnaissance quasi-sociale, donnée à celui qui est pourvu d'esprit, de répartie et de bons mots, et bien sur, à l'inverse, le ridicule de celui qui souhaite tant en avoir tant il en manque : tous les ingrédients sont là pour inspirer et donner à écrire par exemple un 'bourgeois gentilhomme' à un Molière, encore jeune, mais observant de son regard perçant la nudité des hommes autour de lui.




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