01 novembre 2006

Scoop


Un film de Woody Allen ça se mange comme un bonbon Kréma, avec gourmandise. Ce sucre, ce goût acidulé qui envahit soudainement votre bouche, qui était encore si fade, une minute avant, on trouve ça génialement bon, on le mord lentement, on le fait durer en bouche, mais voilà, on ne s'en souvient plus non plus trois heures après.

On sait qu'on va passer une bonne heure et demie et qu'on ne s'ennuiera pas. Et c'est vrai. C'est toujours un grand moment, tous ces dialogues ciselés, fusant à cent à l'heure, ces histoires à dormir debout, cet humour unique et indémodable, ces relations hommes-femmes mises à mal et mises à nu. Même ici, dans ce film "Scoop" qui constitue un ouvrage sans prétention, mais très bien construit : une petite comédie plutôt simpliste et rigolote et qui vous entraine avec plaisir dans un Londres à la fois chic et cheap, et comme toujours dans tous ses films, d'appartements en restaurants, places, lieux et villas visités par un excellent décorateur.

On trouvera dans "Scoop" en vrac : une histoire abracadabrante, un Woody Allen à la fois réalisateur et acteur, toujours un peu plus vieux de film en film mais toujours aussi mordant, une Scarlett Johansson pleine de fraîcheur, belle et agréable, filmée avec une légère touche tout à fait délicieuse 'actrice des années 50', et bien sûr des répliques signées dans la bouche du maître, du style : "j'ai changé de confession, je ne suis plus de confession hébraïque, mais de confession narcissique".

Une grande lucidité certes, pour quelqu'un qui effectivement m'a toujours donné cette impression égocentrique d'avoir mis tout son génie à son propre service : parce qu'effectivement, il y a bien là, dans ce film, un rythme formidable, une musique raffinée, effectivement la déco est élégante, le scénario ciselé, et les acteurs excellents, oui, oui, oui , il y a bien là un travail et une oeuvre de très grande qualité, mais voilà, et peut être à cause de ce nombrilisme forcené, il n'y a malheureusement pas beaucoup d'universalité et pas vraiment de transcendance.

En fait, c'est bien cela : c'est agréable au goût, mais pas beaucoup plus nourrissant qu'un délicieux bonbon.

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