L'Ivresse du pouvoir (ou la pesanteur du pouvoir)




A vouloir trop dire sans vraiment dire, je reproche un peu à Claude Chabrol d'avoir plutôt fait sans vraiment faire. En effet, il me semble qu'il réalise là un film entre deux eaux, entre deux genres. Ni une intrigue judiciaire animée par le suspens, ni non plus, un scanner psychologique vraiment réussi, mais une espèce de zone intermédiaire, une sorte de ventre mou traversé par des acteurs et où le jeu consiste à reconnaitre les personnages issus d'une fameuse affaire judiciaire récente.
Biensûr Isabelle Huppert en juge d'instruction un peu sec, a un rôle taillé sur mesure. Elle agace à souhait avec sa manière hautaine de souffler la fumée de ses cigarettes, et son entêtement un peu suspect à vouloir nettoyer la France.Le fils Chabrol, même s'il parait sympathique quand il vient vendre le film à la télé, a un rôle ici un peu inutile - une espèce de neveu paresseux un peu squatteur et toujours dans les pattes - c'est pas trop mal interprété mais ça n'apporte strictement rien au film, mais bon, merci papa.
On a toutefois toujours cette excellente impression que Berleand - ici, en capitaine d'industrie pris, comme un gamin, la main dans le pot de confiture - trouve à la cinquantaine une formidable seconde carrière tandis que Patrick Bruel,un peu raide et pas très convaincant, tente toujours d'être un acteur, ici dans un rôle-cliché de PDG délinquant mêlé dans l'affaire mais on sait pas trop comment.
On souriera biensûr sur l'accent marseillais d'un vieux sénateur en costume gris, bien préocuppé par cette affaire, tandis que se succèdent sans aucun ressort et dans une intrigue déjà très plate, des élements du film comme la tentative de suicide du mari de la juge ou bien la visite nocturne du cabinet par d'injurieux graffiteurs, élements qui, malheureusement n'aboutissent nulle part.
Bref, tout ça manque un peu de tonus, de suspens et de véritable histoire. Il manque une intrigue pour être un film plus dynamique et plus construit, ou bien une analyse psychologique à la hauteur pour montrer ce que c'est que d'être "ivre du pouvoir", car les interessés (le juge ? les presidents et PDG ?) sont plutôt accablés par le pouvoir qu'enivrés par lui.
Non vraiment, à l'image de ces bières sans alcool qui se disent être des bières sans en être, je persiste : malgré la promesse du titre, il n'y a pas beaucoup d'ivresse dans ce film.

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